mardi 15 mars 2011

Kate Moss : la brindille qui ne rompt jamais


Quoi de mieux qu'une belle journée ensoleillée pour inaugurer mon premier billet "mode" ? Bon, je vous rassure tout de suite je vais pas essayer de faire ce qu'une Garance Doré ou une Betty ferait sans doute mieux que moi. Je vais pas me la jouer "bureau des tendances" à dire que la toute nouvelle campagne de Kate Moss pour Longchamp préfigure le retour en force du sac oversize ou que les teintes nude seront encore au goût du jour. Je suis sympa je laisse ce plaisir aux blogueuses modes.
Et puis quoi de mieux que la it girl absolue pour inaugurer cette rubrique ? Chloé Sevigny ? Trop underground. Lindsey Lohan ? Trop cheap. Alexa Chung ? Elle sort avec le boutonneux des Arctic Monkeys faut pas déconner. Non la seule et l'unique, celle dont la capacité à résister aux dégâts du temps réussirait à soutirer une grimace aux visages inexpressifs et botoxés des rombières de la jet set, c'est Kate Moss of course. Une Kate Moss resplendissante qui présente sa nouvelle collection Faraway - Printemps 2011 pour Longchamp dans un clip vidéo qui fleure bon l'été.
Résumons. Déjà, on y voit une Kate plus bohémienne que jamais, avec juste ce qu’il faut de khôl pour dessiner un regard qui ferait tomber n'importe quel mec normalement constitué et une frange qu’elle dit couper elle-même (oui la vie est injuste, la nana se coupe les cheveux elle-même et en ressort avec une classe terrible). Elle me rappelle un peu la Bardot à la belle époque, elle se déhanche en jouant des timbales sur le magnifique « Sand » de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood (merci Shazam, j'avoue avoir séché sur le coup) dans une ambiance très 60's, un brin mélancolique. Une ambiance à laquelle le recours à la caméra super 8 n'est sans doute pas étranger. En ce moment d'ailleurs, il faut avouer que le procédé est ressorti à toutes les sauces, à tel point que ça en devient un manque flagrant d'originalité. En même temps c'est compréhensible, qui cracherait sur ce grain d'image qui a le pouvoir de faire passer les vacances des Bidochons au Touquet pour du Cassavetes ?
Ceci étant,  revenons-en un peu au clip. Elle lit l’autobiographie de Keith Richards parce que c’est quand même une icone rock’n roll qui est sortie avec Pete Doherty  mais en même temps elle pèle aussi une orange, peut-être pour nous faire oublier qu’à un moment elle n'avait pas non plus la meilleure hygiène de vie qui soit. Ce qui me frappe, c'est qu'elle a l’air plus épanouie que jamais et là je vais faire ma fleur bleue mais je me dis que ce n'est sans doute pas un hasard si elle se marie bientôt avec Jamie Hince le guitariste des Kills. Au passage, notons que le mec  est quand même une rock star qui côtoie quotidiennement Alisson Mosshart et va épouser Kate Moss. Le beurre, l'argent du beurre et le sourire de Kate Moss donc. L'enfoiré.
C'est clair que la brindille a le vent en poupe en ce moment. Après avoir été l’égérie de Calvin Klein, d’Isabelle Marant, d’Yves Saint Laurent et de Longchamp donc, elle est même depuis peu la muse du nouveau rouge à lèvres Dior Addict. Pas mal pour une nana que l'on disait finie en 2005, non ? Car ce qui fait la superbe de Kate Moss, c'est cette capacité à sans cesse renaître de ses cendres. Tout le contraire de ses collègues mannequins du début des 90's qui elles tombent dans le sordide et les scandales (Naomi Campbell et ses assistantes martyrisées, Naomi Campbell et son diamant offert par le dictateur Charles Taylor) quand ce n’est pas dans l’anonymat total (Allo Cindy Crawford ???).
Pour remettre les choses en perspective, il faut se rappeler que 2005 coïncide avec l'épisode Cocaïne Kate. Après avoir fait la une des tabloïds, le nez allègrement trempé dans la poudre, nombreux étaient ceux qui ne donnaient pas cher de sa petite peau. A raison d'ailleurs car les contrats lui étaient retirés en moins de temps qu'il n'en faut à Charlie Sheen pour dire une connerie.
Du côté de chez Longchamp c'était pas non plus la joie, la marque était alors considérée comme une maison très (trop) classique, bien loin des courants de la mode. Du coup, une idée germe dans l'esprit des têtes pensantes du maroquinier de luxe. Evidemment, le choix d'une Kate Moss empêtrée dans ses scandales n’est pas anodin pour Longchamp qui entame un virage à 180°. En demandant au top anglais de devenir son égérie, Longchamp passe du rang de maison sage et lisse à celui de marque rock’n’roll.
Beau mariage  donc, entre une marque qui fût un temps au sommet du chiquissime et une nana passée  du statut d'icône de la hype aux  affres du rock'n roll lifestyle. A chacun sa rédemption comme on dit. Quoi qu'il en soit, la collaboration fonctionne puisqu'elle dure depuis maintenant 5 ans avec en point d'orgue le lancement d'une gamme de sac dessinés par Kate. Le tout en suivant un raisonnement très simple : qui mieux que la it-girl des années 2000 pour dessiner cet it bag tant désiré par Longchamp ? Sans même juger de la qualité de la collection, une chose est sûre, en termes de notoriété comme de hype chaque partie semble y avoir trouvé son compte...

Force est de constater que la brindille est décidément plus solide qu'elle n'y paraît.





lundi 28 février 2011

Voyage au bout de l'ennui


C'était une soirée pas terrible. Une soirée qui si elle ne s'annonçait pas vraiment mal, ne laissait pas pour autant présager grand-chose de bien. En bref, ce genre de soirée au cours de laquelle tu te demandes sans cesse ce que tu peux bien foutre là, spectateur d'un film dans lequel tu as arrêté de jouer depuis longtemps.

J'étais tranquillement accoudé au bar, sirotant un énième cognac / canada dry et tentant sans succès d'établir un semblant de connexion visuelle avec une brune assise dans un box à 50 mètres de moi.  Le pote avec qui j'étais venu n'était lui plus des nôtres depuis longtemps, affalé qu'il était sur un de ces canapés en simili cuir que l'on retrouve dans ce genre de boites un peu cheap, en symbiose avec sa bave rendue laiteuse par l'abus de Pina Colada. En le voyant comme ça, si apaisé dans ce vacarme sonore, je me dis que ce type est impayable. Je le revois quelques heures plus tôt planté devant ma porte, son éternel sourire de con sur les lèvres lorsqu'il m'aperçoit rentrant péniblement du boulot. Parfois quand je sors avec lui, j'ai l'impression de me retrouver dans une de ces scènes du "Bright Lights, Bright City" de McInerney lorsque le narrateur se désespère de sortir avec son double maléfique, Tad Allagash.
Bon, mon Tad Allagash à moi, il est un peu plus cheap c'est sûr. C'est clair que ses plans à lui, loin de me faire miroiter des rails de coke sniffés avec des mannequins toutes plus sublimes les unes que les autres, me font le plus souvent atterrir dans la moiteur crasse des ces boîtes de nuits où finissent ceux qui n'on rien d'autre à faire ou nulle part d'autre où aller. Des boîtes de nuits où la musique s'emble s'être arrêtée à la fin des années 90, où l'entrée te donne droit à une coupe de mousseux ou un peu de bière éventée et qui ont souvent un nom dans le genre "La Maison Blanche", "La grande Maison"... Bref, pas le genre d'endroit où tu espères rencontrer la fille de ta vie.

Pour m'occuper j'essaye d'imaginer les discussions entre chaque table. Il y a d'abord ce couple qui semble se disputer au sujet de l'infidélité supposée de l'un d'entre eux. Le mec ; à en croire le visage déformé par la colère de la fille. Il y a aussi cette tablée de types passablement éméchés. Le tintement des bouteilles de vodka qui s'entrechoquent rivalise avec les sons rigolards qu'émettent certains d'entre eux. Et puis il y a moi, seul et accoudé au bar. Je bois et j'observe les volutes de fumée bleu qui s'échappent de la scène et atterrissent mollement sur les néons rouges du bar, conférant à l'ensemble un panorama qui sierait bien à l'enfer.

Une fille m'accoste. Cheveux très courts et peroxydés à la Agyness Deyn. Elle porte une salopette qu'elle a du piquer à Tom Sawyer et des Docks Martens. J'aime bien son style garçonne. J'entame la discussion en lui disant qu'en général je n'aime pas les filles aux cheveux courts mais que là, je ne peux que m'incliner devant la perfection de ses traits. Elle sourit. Je sais pas si elle se fout de la gueule de mon baratin ou apprécie l'hommage. Lorsqu'elle me demande si je sors toujours ce genre de compliments mièvres, je suis fixé.
J'entre dans sa provoc' en disant que non, en général je joue le rôle du connard et que ça marche parce qu'au fond elles aiment toute ça, non ? Cette fois le sourire me semble un peu plus crispé. Sans même que j'ai le temps de réaliser, elle me balance son verre et me traite de pauvre connard. Dommage, je sentais qu'on avait un truc.

Impassible, je ne fais même pas l'effort de me nettoyer et affiche sereinement tout ce qu'il peut me rester de dignité. De toute manière dans ce bordel ambiant, je ne pense pas que quiconque aie réalisé le mélodrame qui se jouait sous leurs yeux. En tout cas certainement pas mon pote dont le cas commence à m'inquiéter légèrement. Je vide mon verre d'un trait et vais le voir. Un peu écœuré par le souffle éthylique qui me rebat les temps alors que je m'approche de son visage, je lui mets des légères claques et essaye de le secouer pour le réveiller. Mon endormi daigne enfin sortir de son somme, non sans avoir émis au préalable quelques grognements vindicatifs. Je le prends sous le bras et nous nous dirigeons vers la sortie. Je ne peux réfréner le spasme qui me saisit lorsque je recroise la blonde peroxydée au niveau de l'entrée. Elle se contente de m'adresser un rire moqueur.

- C'est qui cette nana, me demande mon pote à moitié endormi. Tu l'as chopée ?
- Non mais un verre de plus et j'y arrivais, je lui réponds.

Après avoir slalommé entre quelques zombies abrutis par l'alcool, on arrive enfin à passer la porte de sortie. On croise un taxi. Vu que nos adresses sont diamétralement opposées je me dis que ça va être compliqué. Je laisse mon Tad dans le taxi et lui dit que je vais profiter des premières lueurs matinales pour rentrer à pied.
J'ai les oreilles qui bourdonnent encore mais ça ne m'empêche pas d'apprécier le concerto que représente le piaillement des oiseaux à cet instant. Du Rachmaninov comparé à la violence de la merde qui passait une heure plus tôt. Lorsque je sors de boîte comme ça, j'ai toujours l'impression de sortir d'un long voyage. Comme dans "Apocalypse Now", lorsque le GI surfer est complètement abruti par tout ce qu'il a traversé et qu'il se roule dans la boue du village des cannibales.
Légèrement hagard, après avoir survécu aux ténèbres de la boîte, le bruissement des arbres, le chant des oiseaux me semblent une juste récompense. Pouvoir goûter au plaisir simple. Merde, je crois que je suis encore bourré.

Je me sens bien alors je commence à fredonner la chanson d'un groupe danois qu'une bonne âme m'a fait découvrir la veille. "Somersault" de I got you on tape. J'avoue que j'ai mis du temps à comprendre qu'en fait Somersault était le nom de la chanson et inversement. Et puis je dois reconnaître qu'à part le "And I never drank alcohol, and I never got high" de l'intro qui m'a marqué et m'amuse, je connais pas les paroles. Donc je chante en yaourt. Mais c'est cool quand même je trouve.

En passant devant une boulangerie me revient en mémoire ce discours que m'avait un jour tenu un pote. Comme quoi la plupart utilisent maintenant des diffuseurs d'odeurs pour attirer le chaland. Un peu comme le chant qu'utilisaient les sirènes pour séduire les marins dans ces légendes grecques que me lisait mon père. Vu que je suis plutôt à la dérive, je me dis que je risque pas grand-chose de plus et entre, introduit par le tintement de la porte. Je dois pas avoir bonne mine si j'en crois le regard que me jette la vendeuse. Je m'achète une pâtisserie et sort sans un mot.
Les efforts conjugués du soleil et de la fatigue me ramollissent comme le macadam. Je décide de me poser sur un banc pour savourer ma chocolatine en toute tranquillité. Une légère brise me caresse les oreilles. Je suis bien mais je me dis qu'on ne savoure ce genre de pauses que parce qu'elles sont rares, alors je me dis qu'il est temps de partir. Dans un ultime effort, je me décide à rentrer en  métro.

J'arrive sur le quai et comme un signe, le wagon semble m'attendre paisiblement. Dernière ligne droite. Je m'affale sur mon siège.
A la station d'après, une fille s'installe juste en face de moi. J'ai du mal à cacher ma stupeur quand je me rends compte que cette nana n'est nulle autre qu'une fille de mon ancien lycée. On en a tous connu une comme ça. Sophie, Laura ou Manon... Quelque soit son prénom, il y a dans chaque lycée une fille qui a le reste de l'école à ses pieds et le pire c'est qu'elle ne semble même pas sans rendre compte. Elle vit sa vie tranquille, avec ses copines, alors que tous les mecs la reluquent et que les nanas la jalousent. Et bien moi, même si j'avais beau me dire que c'était trop beau pour être vrai, j'avais Audrey sous les yeux. En chair et en os !
Elle m'adresse un sourire, je me demande si elle m'a reconnu. N'écoutant que mon cœur alcoolisé, je prends mon courage à deux mains en me disant que de toute façon je ne peux pas tomber plus bas et lui lance :
"Ecoute, je m'en voudrais toute ma vie si je ne te dis pas ce que je vais te dire. Au pire si ça te plait pas, je change de wagon dans la minute. Bon, je suis sûr que je te connais, c'est bien toi Audrey non ?"
Même pas surprise, elle acquiesce et m'avoue que mon visage lui semblait aussi familier. Je sais pas si elle a dit ça par politesse mais ça m'a fait plaisir c'est sûr. S'ensuit une discussion émaillée de rires dont je ne me rappelle plus les détails. Et puis quand je lui dis que je sors à République, elle me répond que ça tombe bien, elle descend là aussi.

A partir de là tout s'enchaine très vite. A peine est-on descendu du métro qu'elle m'attrape la main, se serre contre moi alors que nos lèvres se pressent l'une contre l'autre comme si on était sur le point de mourir. Encore une fois j'ai du mal à réaliser ma chance. J'ai d'ailleurs à peine le temps de savourer ce moment de félicité que l'alarme du métro me ramène à la réalité. Ca m'apprendra à m'endormir sur mon strapontin. Pour le moment encore, tout ça est trop beau pour être vrai.

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I got you on tape est un groupe danois qu'un pote m'a fait découvrir il y a à peine deux jours et qui pourtant date de 2004. Comme quoi il y aura toujours des petites pépites qui restent solidement incrustées dans le lit de cette grande rivière qu'est la musique indie.
La recette du groupe est assez connue mais terriblement efficace. Des voix hypnotiques qui viennent se poser doucement sur une musique aérienne, des guitares lancinantes, des synthés lumineux... Pas grand chose de nouveau à l'horizon c'est sûr, mais il n'empêche que le faux rythme qui s'installe au fil de la chanson nous fait sentir aussi léger qu'une plume. Un conseil, attention au décollage.




mardi 22 février 2011

Vivian Girls : punk neurasthénique

La robe assortie au dessus de lit, LA tendance printemps / été 2011


Depuis quelques temps déjà, la vague des riiiiiot girls déferle de nouveau sur le monde du rock indie. Depuis le soleil de la Californie jusqu'aux nuages new-yorkais, des nanas avides de faire revivre l'héritage spirituel des Slits bottent le cul de gonzes encore encroutés dans leurs poses rock'n roll. Aux côtés de Best Coast ou des Dum Dum Girls, les Vivian Girls font ainsi entendre leurs voix fluettes sur fond de pop noisy...
En robe à fleurs ou en fourrure, on aime les entendre fredonner leur nouveau single "I heard you say", prélude au LP "Share The Joy" à paraître le 12 avril. L'occasion si ce n'était pas déjà fait de découvrir une guitariste qui a emprunté son nom aux Ramones, une bassiste aussi rousse que ne l'était la chanteuse des Lush (elle a aussi monté son projet solo La Sera) et une nouvelle batteuse qui succède à Ali Koehler, partie chez Best Coast dans des circonstances qui n'auraient rien à envier à un bon épisode d'Amour, gloire et beauté. Trahison et rock'n roll, une association qui marche depuis des années...
Tout ça nous donne une pop pêchue aux confins de la schizophrénie, en témoigne le contraste saisissant entre les teintes acidulées des voix haut perchées et le son shoegaze des grattes.
Une schizophrénie qui se retrouve jusque dans le titre d'un album intitulé "Share the Joy", mais conçu par des nanas à qui on ne saurait que trop conseiller d'ingurgiter quelques cachets de Xanax.

Vivian Girls, "I heard you say" : un titre bien de saison à savourer sous les rayons de soleil glacials de ce mois de février.


jeudi 10 février 2011

Des cons et ma Bovary



Qu'est ce que je peux bien foutre planté là devant la porte de cet immeuble cossu du 16ème ? C'est la question que je me pose alors que je pianote fébrilement sur l'intercode. Sésame ouvre-toi.

Alors que je monte un escalier qui crépite sous mes pas comme ces pétards d'enfant que j'explosais les soirs de 14 juillet, je réalise que je ne suis pas seul. Une fille qui grimpe d'un pas bien plus léger que le mien me devance d'un étage. De sa silhouette, je ne devine pas grand-chose hormis sa chevelure rousse qui, sous les reflets de la lumière des appliques du couloir, épouse les couleurs mordorées de son col de fourrure.

Je la rejoins alors qu'elle sonne. A peine avons-nous le temps d'échanger un sourire gêné que la porte s'entrouvre pour laisse échapper un fracas assourdissant, mélange d'exclamations, de tintements de verres et de musique festive. Bienvenue en enfer.

Alors que mon inconnue ôte délicatement sa cape, je lui jette un regard à la dérobée pour vérifier que le côté pile est raccord avec le côté face. Elle a une frange et de longs cheveux relevés en chignon. Elle porte une robe blanche à pois noir, comme pour parfaire son look très rétro. Au-delà de son style vestimentaire, son seul charme suranné tranche avec le décorum ambiant, défilé de bobos, en mode petite chemise / jean slim / vans, le tout parfois agrémenté d'une fine moustache (LA tendance pilaire chez les mecs en 2011) ou d'une mèche "négligemment" rebattue toutes les 45 secondes. Le comble du chiquissime.

J'ai moi-même le sentiment de jurer un peu dans le décor. Une impression confirmée par mon hôte du jour, Jean-Baptiste, qui se moque gentiment de mon look jean et tee-shirt délavé. Le comble du cheapissime.
- Rooh, t'aurais pu faire un effort quand même. Sérieux c'est quoi ce tee-shirt !
- Désolé mec, je sors à peine du boulot, j'ai pas eu le temps de me changer.
Cet aveu a pour seul effet d'interloquer mon hôte qui ne sait pas si je blague ou pas. N'ayant manifestement pas envie de trancher, il me propose de nous diriger vers le bar. Je l'aime bien JB, il est en fait bien plus cool que son look branchouille ne pourrait le laisser présager. Bien loin de cette caste de mecs un peu superficiels qui fréquentent le Social et ces autres endroits à la mode, et que je retrouve aujourd'hui en nombre.

Il m'a envoyé cette invit' pour une fête d'anciens étudiants de ma fac il y a quelques jours de ça. J'ai un peu hésité avant de venir mais ai finalement dit oui, en me disant que rien ne m'obligeait non plus à rester longtemps si je n'étais pas à l'aise.
D'ailleurs si ça me fait plaisir de revoir certaines têtes, ça me tue toujours autant de voir quelques blaireaux que je ne pouvais déjà pas encadrer à l'époque. Mais pas de surprise ici non plus, la plupart ont fini exactement comme je l'avais imaginé. La baraque et la femme qui va avec, le premier bébé en route...
On se croirait comme dans une de ces publicités des années 50 qui faisait l'apologie de la vie de famille et de la société de consommation. Mis à part que ce grain d'image caractéristique des caméras de l'époque s'efface au profit d'une vision plus brumeuse provoquée par les volutes de fumées et les gouttes d'alcool qui virevoltent ça et là, à mesure que les verres s'entrechoquent.

Alors que le doux clapotis de la vodka que JB verse dans mon verre me parvient aux oreilles, j'aperçois ma rousse au teint laiteux, occupée à discuter avec un moustachu.

-Tu la connais la fille ?, je demande en esquissant un geste de la tête dans sa direction.
- Anna ? Me dit pas que tu te l'es tapée.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'elle se tape tout le monde
- Tu déconnes ?
- Non et d'ailleurs ferme ta gueule, voila son mec !
- Mais t'as dit qu'elle se tapait tout le monde...
- Justement !

Le moustachu, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a délaissé sa douce Anna pour venir nous parler. JB en hôte poli me présente alors que moi qui le suit beaucoup moins, je prétexte avoir reconnu quelqu'un et m'absente.

A peine le premier verre de vodka éclusé, je tourne parmi les petits groupes de personnes qui se sont amoncelés ça et là, sans avoir envie de parler à aucun d'entre eux. Je regarde avec une concentration exagérée l'iPod qui distille le son de la soirée et suis sur le point de programmer le dernier morceau de Metronomy lorsque je sens une main se poser sur mon épaule.
Anna me gratifie à nouveau d'un sourire, sauf que cette fois, loin d'être gêné, il est enthousiaste. J'ai des papillons dans le cœur et l'impression d'avoir du métal en fusion dans les veines. Température corporelle qui avoisine les 40 degrés.

Elle entame la discussion par des questions classiques. Qui tu connais ? Tu fais quoi dans la vie ? Bien que j'ai tenu ce genre de discussion des centaines de fois, j'ai du mal à réfréné mes émotions. Alors qu'elle remarque que mon teint rosit à mesure que la discussion avance, je mets ça sur le compte d'une réaction à l'alcool.

Et puis une fois que les poncifs ont été évacués, chacun aborde sa jeunesse. On commence par la sienne.
- Beaucoup de bouquins, pas mal de mecs mais finalement pas tant de raisons de s'exalter. Le parcours plutôt lisse d'une jeune fille du 16eme, confesse-t-elle alors qu'elle vide son mojito d'un trait.
Elle me parle aussi de Pierre, le moustachu, qui bien qu'un peu ennuyant, la rassure. Elle me dit que parfois les filles plus que de vivre de grandes aventures, ont simplement besoin d'être rassurées, de rester dans leur zone de confort.
- Un peu comme ces princesses dans les livres qui préfèrent leur prison dorée aux contrées inexplorées qui les entourent. Mais bon, peut-être que moi aussi j'attends le prince charmant qui me sortira de là, ajoute-t-elle dans un rire cristallin.

C'est marrant, je me l'imagine un peu comme une Emma Bovary des temps modernes. Une nana qui a beaucoup lu durant sa jeunesse, voire trop. Marquée au fer rouge par ses lectures romantiques, elle se rend compte que sa vie sentimentale, loin de se conformer à ses rêves, ne lui apporte que frustrations et désillusions.
Loin de cadrer avec ses attentes un peu naïves de jeune fille en fleur, le mec avec qui elle sort aujourd'hui, tout aussi médiocre que les autres mecs avec qui elle le trompe, se révèle un substitut à peine acceptable à une vie qu'elle déteste. Elle trompe son ennui et son insatisfaction en couchant à droite à gauche mais aimerait au fond d'elle pouvoir se blottir contre le corps post-coït encore brûlant d'un amant qu'elle aime à en perdre la raison. La voila ma bovarienne. A défaut de fille facile je me rends compte qu'elle essaie désespérément de combler un vide, en s'offrant au premier venu. Et ça m'énerve un peu, voire beaucoup.
Attention, je n'ai pas la prétention de dire que je pensais que cette pièce manquante dans sa vie c'était moi, bien que sur le coup, enivré, je pense en avoir été persuadé. Et c'est d'ailleurs pourquoi je ne m'étonne pas tant que ça de lui avoir balancé toutes mes hypothèses à la gueule. Je me suis carrément emballé et je lui ai demandé si ce que JB m'avait dit était vrai et pourquoi elle faisait ça. C'est clair que c'était en partie l'alcool qui parlait à travers moi mais en même temps ça m'énervait de la voir se laisser aller comme ça, alors que moi je ramais comme un malade pour avancer, sans succès. Cette fille elle avait tout, je le voyais bien, tout le monde le voyait. Sauf elle. Elle s'enfermait dans cette posture alors que pour moi elle était bien plus que ça.

Elle se débine pas et me dit.
- Oui et alors, je profite de la vie. Qu'est ce que ça peut te foutre ? T'es jaloux ? Toi aussi t'as envie de tirer ton coup ? Tu veux qu'on aille dans la chambre d'à côté faire ça vite fait, bien fait ?

Silence. Je la regarde dans les yeux et décide sans autre mot qu'il est temps pour moi d'arrêter les frais. Je me casse. Alors que je sors de l'immeuble, le froid hivernal me cloue sur place, j'ai l'impression d'avoir pris un coup de poing dans l'estomac. J'ai du mal à respirer. Je m'allume une clope ne sachant pas quoi faire d'autre.

Et de nouveau je me demande :
-Non mais vraiment, qu'est ce que je peux bien foutre planter là devant cette porte d'immeuble ?

Alors je pars et je cours. Je cours comme un con faute de mieux et parce que j'en ai marre de pas réussir à avancer dans la vie. J'en ai marre de faire du surplace et mes jambes l'une après l'autre commencent à accélérer, dans une cadence qui pour moi devient salutaire.
Je fais de cette course effrénée jusqu'à l'arrêt de métro une question de vie ou de mort pour laquelle la vieille complètement ramassée que je dépasse et la poubelle éventrée que j'enjambe sont autant d'obstacles.
Le vent glacial qui me fouette le visage fait naître des larmes à la commissure de mes lèvres. Des larmes qui s'étirent comme la cire d'une bougie dont la flamme vacille. Sauf que moi j'ai tout sauf envie que cette flamme s'éteigne alors que mon effort athlétique ramène un peu de chaleur dans mon corps et dans mon cœur frigorifié.

A bout de souffle comme un Belmondo à la poursuite de Jean Seberg ou de je ne sais qui, je ne sais quoi, je descends l'escalier pour me jeter comme un désœuvré sur le quai.
8 minutes bordel, j'y crois pas. Le destin semble s'escrimer à me retenir prisonnier. Me voila comme un con, de nouveau prisonnier de mon immobilité.
Un bruit qui me semble familier me sort de ma torpeur : un claquement de talons sur le ciment dur du quai. Je tourne la tête. Je la voie.

- Pourquoi t'es parti de la soirée ?
- Et toi pourquoi tu m'as suivi ?
- Tu pensais ce que t'as dit tout à l'heure ?
- Pourquoi j'avais raison ?
- Ca changerait quelque chose tu pense ?
- T'en as pas marre de répondre à mes questions par d'autres questions ?

Elle pose son index pour m'indiquer de me taire puis esquisse un léger mouvement de tête en arrière. Contrairement à Bovary, à la fin de cette histoire ce n'est pas dans de l'arsenic qu'elle trempe ses lèvres mais dans les miennes, trop surprises par ce qui leur arrive.
A cet instant, je sais pas si pour elle je ne serai  qu'un parmi tant d'autres mais je m'en fous . Moi aussi j'avance enfin. Et c'est tant mieux.

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J'avoue que ma came du moment c'est "She wants" de Metronomy, le single de l'album "French Riviera" qui sortira le 11 avril. J'aime bien le rythme faussement nonchalant de la chanson, ponctué de tremolos toutes les 30 secondes, des "Boeings" lancinants.
D'ailleurs je trouve que le clip cadre bien avec le morceau, en témoigne les séquences en slow motion qui le parsèment, dans cette atmosphère un peu défraichie de fin de soirée.
Dans la séquence d'intro, le speaker de la radio balance "it's a hot and sticky night in the bay area, you'r listenning to French Riviera FM", je pense qu'au final, on a tous envie de s'abandonner dans la moiteur des draps de soie du lit, blotti contre cette brune langoureuse.


mardi 1 février 2011

Les Kills, vous allez en mourir d'envie


En soirée, avant le début d'un concert ou même parfois au moment du petit-déjeuner, il est une question qui revient perpétuellement, insidieuse, lancinante, alors que ma gorge se noue aussi brutalement qu'elle est prononcée, me rappelant les moments les plus sombres de mon histoire personnelle, lorsque ma prof de math m'interrogeait sur les fonctions exponentielles. Cette question c'est la suivante : "dis-moi, c'est quoi ton groupe préféré ?"

Il faut dire que mes revirements systématiques sont un sujet récurrent de moquerie parmi des potes qui, intraitables, s'acharnent à me mettre face à mes contradictions.

"-Mais je croyais que c'était le Black Rebel Motorcycle Club ton groupe préféré ? T'as changé d'avis ? Ce sont les Libertines maintenant ? Je te rappelle qu'ils ont quand même splitté il y a un moment.
- Oh du calme, t'es de la police ou quoi ?"

Cette stigmatisation aussi éprouvante soit-elle pour ma pauvre petite personne a au moins un mérite. Elle souligne la difficulté pour tout un chacun de faire le tri entre :

- son groupe préféré de tous les temps mais qui a un peu vieilli (ah Led Zep, ça envoyait du bois à l'époque)
- le groupe pour lequel on éprouve une tendresse particulière mais qui a splitté (les Libertines, leurs embrouilles perpétuelles ne me les rendaient que plus fascinants)
- le groupe qu'on dit adorer parce que ça fait underground et que ça satisfait notre ego un peu snobinard (Quoi tu connais pas Crystal Fighters ??? C'est une sorte de brassage low-fi-dubstep-punk à la sauce world)
- et pour finir, le groupe sur la musique duquel on a connu son premier flirt adolescent (Michel Berger, je m'en rappelle comme si c'était hier, elle s'appelait Jennifer...).

Difficile du coup, dans ce barnum de préférences, de faire émerger LE groupe.

Cette petite introduction existentielle n'a pour seul but que de vous parler des Kills. Car les Kills, eh bien pour moi c'est un petit peu tout ça. Un groupe qui figure en bonne place dans mon panthéon personnel. C'est un duo, composé d'un brun ténébreux, Jamie Hince (accessoirement le mec de Kate Moss) et d'une brune toute aussi ténébreuse mais encore plus magnétique, Alison Moshart, objet éternel de mes fantasmes adolescents. Niveau musique, on peut parler pêle-mêle, de combo rock garage, guitares lancinantes, chansons minimalistes, boîtes à rythme. Je vais arrêter là car on dit à juste titre qu'une bonne écoute vaut toujours mieux qu'un long discours donc faites vous votre avis , et encore .

Les Kills sortent leur 4e album "Blood Pressures", le 4 avril prochain. Soit deux jours avant leur concert au Bataclan auquel évidemment je ne manquerai pas d'assister. Hier ils présentaient le premier single extrait de cet album, "Satellite".
S'il est toujours difficile de juger un album à l'aune d'une seule chanson, on peut toutefois dire que celle-ci laisse présager un album résolument différent de ce qu'ils ont fait par le passé. Magic RPM parle assez justement d'un "étrange blues reggae-rumba, avec son rythme traînant et son chant d'emphase".

Personnellement, moi qui aime le sont brut et garage des Kills, je dois avouer que je ne me suis pas forcément extasié devant ce son un peu trainant qu'est Satellite.
Mais bon, tout ça ne m'empêche quand même pas d'attendre avec une impatience non dissimulée la mise en orbite hihihi

jeudi 27 janvier 2011

Taylor Momsen, la gossip girl qui voulait devenir rock star



L'autre ce soir, j'avais décrété que ce serait soirée tranquille pour moi. Confortablement calé dans mon canap', je m'adonnais donc à mon activité préférée lorsque j'ai la flemme de tout, à savoir un zapping frénétique entre les différentes chaînes de télés. Une activité qui peut durer jusqu'à ce que sommeil s'en suive en temps normal mais qui fut hier subitement interrompue par l'apparition d'une des héroïnes de la série Gossip Girl (vous savez cette série qui raconte les frasques de la jeunesse dorée de l'Upper East Side new-yorkais). Taylor Momsen, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, se produisait sur la scène de Taratata avec son groupe The Pretty Reckless. Elle y interprétait deux morceaux : son "succès" Make Me Wanna Die et une reprise du célèbre "Wonderwall" d'Oasis.

Alors que je la regardais remuer sa crinière blonde dans tous les sens, je ne pouvais m'empêcher de penser à une chose. Taylor Momsen c'est la Cherie Currie du 21ème siècle, les penchants lesbiens en moins. Et encore... Elle a récemment confessé : « les hommes m'ennuient, mon meilleur ami est mon vibromasseur... ».
Cherie Currie c'est cette nana qui était la chanteuse des Runaways, groupe au destin météoritique à la fin des années 70. Elle partageait l'affiche avec Joan Jett (elle, plus connue pour son célèbre "I love rock'n roll").
Taylor et Cherie partagent un goût immodéré pour le scandale et considèrent les porte-jarretelles en tant qu'accessoire vestimentaire à part entière. J'ai d'ailleurs découvert en allant faire des recherches sur Internet après cette épiphanie visuelle que Taylor Momsen avait été pressentie pour jouer le rôle de Cherie Currie dans l'adaptation cinématographique "The Runaways". Apparemment son caractère instable aurait fait capoté l'affaire. Quand je vous disais que ces deux là avaient beaucoup en commun.

De même que Cherie Currie est passé de façon assez fulgurante du statut de fille modèle à celui de starlette délurée, j'ai vu le personnage interprété par Taylor Momsen, Jenny Humphrey aussi appelée "Little J", fille mal dans sa peau et mal fagotée, se muer en créature résolument stylée tendance destroy au fil des saisons (oui je le confesse je regarde Gossip Girl). Bien qu'elle s'en défende en interview voire même s'en agace, Taylor Momsen a de même que son personnage suivi une telle trajectoire. Et celle qui se plaignait qu'on l'assimile à son personnage de la même manière que l'on confondait Shannon Doherty avec la bitch de Beverly Hills, s'est progressivement identifiée à celui-ci, pour ne faire plus qu'un avec lui. Une ado pourrie gâtée, une chipie rock et trash dont la moindre apparition nous donne envie de la dégommer. J'exagère à peine.

Elle est donc là sur scène, à se déhancher, enchainant les pauses lascives. Ses lèvres sont barbouillées de rouge à lèvre alors que son goût immodéré pour l'eyeliner confère à ses yeux un effet "smoky eye" du plus mauvais goût. Ses ongles sont eux peinturlurés d'un vernis noir écaillé. Voilà pour la silhouette du jour façon Grazia.
Musicalement pas grand-chose à dire en revanche. C'est l'histoire d'une ado de 16 piges qui aspire à devenir plus que la starlette pour teenagers qu'elle est déjà. Alors, elle s'entoure de rockers plus proches de l'âge de son père que du sien et monte son groupe de hard rock, en espérant buzzer sur son seul nom. Le problème c'est que, pour reprendre ce vieux slogan Canada dry, ça a beau avoir la couleur du rock et le goût du rock... c'est encore loin d'être du rock !

Et c'est sans doute là la principale différence avec Cherie Currie. Si cette dernière n'avait pas une aussi belle voix que Taylor Momsen, elle avait au moins la modestie voire la décence de ne pas essayer de composer, laissant ce privilège à son manager omnipotent ou à Joan Jett.
Parce qu'elle ne peut plus se contenter de ce statut de poupée blonde marketée pour un public d'ados en rut que la télé lui offrait déjà, Taylor veut elle exprimer ses sentiments à travers des textes tout droit sortis d'un magazine pour ado du genre "Muteen". Ce qui donne dans le texte des paroles aussi fortes que : "Tu me donnes envie de mourir / Je ne serais jamais assez bien / Tu me donnes envie de mourir/ Et tout ce que tu aimes / Va se volatiliser dans la lumière / Et à chaque fois que je regarde / dans tes yeux / Je brûle à la lumière." Dont acte.

Voila donc pour les velléités musicales qui la font se retrouver là, sur la scène de Taratata, noyée sous une masse de cheveux blonds, mauvaise copie de Cherie Currie, à beugler son éternelle punchline "Make me wanna diiiiiie".
Attention "little J", on risque bien de finir par te prendre au mot...

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Sinon pour les amateurs voici un live des Runaways au Japon où elles étaient de véritables stars à l'instar de Mireille Mathieu aujourd'hui.... C'est musicalement pas terrible mais ça a le mérite de dégager une certaine "énergie punk".


mardi 18 janvier 2011

Ma toute première fois



On se rappelle tous de notre première fois. Quand bien même on était complètement arraché au moment où cela se passait... Le moment est suffisamment marquant pour survivre aux affres de l'oubli éthylique. On s'y prépare toujours mentalement avant aussi. Avec toute l'appréhension que l'imminence d'un tel événement peut susciter. Moi je dois avouer que je m'en rappelle comme si c'était hier. C'était un beau jour d'été à Paris. On avait emménagé depuis peu avec mes parents dans un 20ème qui n'était pas encore le coin bobo qu'il est aujourd'hui. On quittait alors le 15ème qui était lui par contre déjà aussi coincé qu'aujourd'hui.

J'avais 16 ans depuis quelques mois et tout l'enthousiasme qui allait avec cet âge là. Et puis c'était les vacances.... Je me rappelle m'être levé assez tôt, réveillé par la chaleur qui s'instillait déjà dans ma chambre récemment peinte. Après avoir ingurgité mon petit-déj, j'étais allé flâner dans mes spots habituels. Errant le long du canal Saint-Martin. Profitant de cette chaleur âpre qui était par moment balayée par une brise humide provenant du rivage.

Quelques jours plus tôt j'avais enfin réussi à convaincre Anna une fille qui faisait partie de la bande avec laquelle je trainais alors, de passer une soirée avec moi. Rien qu'avec moi et pas avec tous ces tocards qui passaient leur temps à vouloir l'impressionner, pendant que je m'escrimais à faire le type qui n'en avait rien à foutre d'elle. J'avais lu ça quelque part. Dans un magazine de mon père qui décryptait les raisons pour lesquelles les nanas étaient attirées par les mecs qui leur étaient indifférents. Cette lecture s'était résumée en une punchline, un credo : "Montre lui du dédain, elle n'en aura que plus envie de toi".
Malheureusement j'avais du loupé un passage car au bout de quelques mois et après qu'elle ait déjà choppé trois de mes potes plus entreprenants, j'en venais au constat qu'une telle posture était pour le moins inefficace. Et me décidais donc à passer à l'attaque.

Je dois avouer qu'à l'époque ma conception d'une bonne soirée se résumait à boire une bouteille de vin et mater un film! Si jeune et si bobo. Tout ça pour dire que j'avais proposé que l'on se retrouve à la diffusion en plein air de "Control", le film sur Ian Curtis le frontman du trop éphémère groupe Joy Division. Dieu sait que les années 80 ont été à chier musicalement et la disparition subite de Curtis en 80 y est sûrement pour beaucoup.

Je vous entends déjà. Vous me direz : "Mais mon garçon, c'est quoi ce programme pour un premier rencard ? Un film sur un mec dépressif qui se suicide ? Et puis quoi ensuite ? Rencard au Père Lachaise pour honorer la mémoire de Jim Morrison avant de sanctifier un amour éternel en sautant du balcon de l'appart de tes parents ?" Peut-être et alors. Que celui qui n'a jamais été un tant soit peu emo durant son adolescence me jette le premier cachet de Xanax. Et je n'inclue même pas dans le lot tous les fans de cette escroquerie que fût Tokyo Hotel.

D-day comme dirait les alliés. Le soldat Ryan est fin prêt à dégoupiller. Moi aussi je vais avoir droit à mon débarquement.

Je l'attends déjà. Je suis venu en avance. Une habitude un peu stupide que je cultive pour tous mes premiers rendez-vous. Certains préfèrent arriver à la bourre pour se donner une contenance, moi j'aime bien m'imprégner des lieux. Et puis comme ça, c'est un peu comme si je jouais à domicile...
Trocadero et sa troupe de breakdanceurs puis le Champs de Mars. L'air est empli d'une odeur d'herbe fraichement coupée. Ca me rappelle la campagne et ces étés que je passais chez mes grand parents, affalé dans les champs, la tête tournée vers le ciel, à regarder passer les nuages avec pour seul background sonore le bêlement des brebis de mon oncle. C'est toujours mieux que les beats et hurlements sonores qui émergent de ces chaînes hifis portatives sur lesquels les danseurs rivalisent de souplesse.

A mesure que le soleil décline, le ciel s'embrase dans une teinte orangée. Alors que je l'aperçois au loin, je me plonge subitement dans la lecture du bouquin que j'ai amené avec moi, en prenant mon air le plus concentré possible. "Le soleil se lève aussi", Hemingway. Poseur que je suis ahahaha.
Elle porte un jean et une blouse liberty. Un sac est posé à côté d'elle. Evidemment c'est cette saleté de Longchamp que toutes les midinettes entre 16 et 20 ont avec elles. Dixit le type qui porte des converses comme 80 % de ses camarades. Je contemple l'objet du délit, avachi sur l'herbe. Un Oops où Audrey nous raconte comment elle a rencontré l'homme de sa vie à une pasta party et un bouquin de Marcuse qui s'escrime à expliquer quelles sont les différences entre la théorie telle qu'énoncée par Marx et son application par Staline and co, se battent en duel. Vous parlez d'un grand écart intellectuel... Au moins le type qui joue la carte intello à fond prendra soin de cacher son France Football lui !

J'engage la discussion et ô surprise elle embraye... Comme quoi c'est pas si dur de discuter en tête à tête avec une fille. Bon ça avait peut-être un rapport avec le fait que j'ai omis de vous préciser qu'entre ma petite flânerie et mon arrivée à Troca, j'avais été éclusé quelques verres avec mon pote Ben, en attendant. Ce type était aussi naze que moi, si ce n'est plus, avec les nanas mais était en revanche au top pour tout ce qui avait trait aux stupéfiants, béquilles chimiques et autres alcools. Autant être honnête tout de suite, je suis clairement le genre de mec qui picole pour se donner une contenance et un semblant de spiritualité. On pourrait mettre ça sur le compte de l'adolescence et du manque d'assurance qui va avec mais malheureusement cette habitude est tenace et n'est jamais vraiment partie en grandissant. Si vous ne l'avez pas encore fait jetez-moi enfin ce cacheton de Xanax...

L'écran qui crépite nous rappelle que nous discutons depuis déjà une heure. Sourires amusés. J'ouvre la bouteille de rouge que j'ai ramené du Monop'. Mes mouvements commencent à être de plus en plus maladroits. Je me dis que j'ai peut-être abusé plus tôt mais me rassure en me disant qu'elle n'a rien remarqué. Le film commence. Premières gorgées en tête à tête. La chaleur de l'alcool s'engouffre dans nos corps.

Il y a quelque chose de prophétique dans son regard. Je sais pas si c'était l'alcool qui me faisait miroiter ce genre de choses (bien que j'en sois a posteriori quasiment certain), mais toujours est-il qu'à cet instant précis, je vois un avenir pour nous dans ces yeux vert clair. Dans un premier acte de bravoure éthylique, je pars à la rencontre de ses lèvres humectées de vin. Je me sens enfin bien. Bienvenue à la maison petit.
C'est cliché mais j'ai envie que ce moment dure à jamais. J'ai envie de toute oublier et de me lover dans ses bras. Je sais bien que la coutume veut que le mec soit le protecteur, que la nana puisse trouver une épaule sur laquelle se réconforter mais moi en l'occurrence j'ai juste envie de m'abandonner, de me laisser aller, « enjoy the moment » comme dirait les américains. Pour éviter ces lendemains qui déchantent et surtout ne jamais dégriser. Je suis bien.

Mes lèvres quittent cet amarrage humide et mes yeux se concentrent de nouveaux sur le film. Sourires gênés. Un anneau à l'annulaire de Curtis qui interprète « Lost control » m'interpelle. Je crois bien que c'est la première fois que je vois une alliance orner le doigt d'un rocker et dois même avouer que c'est un peu ce qui m'attirait aussi chez Curtis. Rendez-vous compte, le mec s'est marié à 17 piges, a rencontré peu de temps après celle qui je pense a été l'amour se sa brève vie et malgré ça n'a jamais pu casser avec sa vieille. Tiraillé entre deux filles, il n'a jamais vraiment pu se résoudre à choisir. Jusqu'à la fin...
Et puis une chose qui restera à jamais gravé dans l'esprit de l'ado que j'étais alors, c'est cette danse d'épileptique qui restera à vie sa marque de fabrique. N'importe quel mec qui se serait risqué à de tels pas de danses aurait eu l'air totalement ridicule mais lui... Une telle classe. Un sentiment d'insécurité, un charisme, le tout étroitement lié à cette d'épilepsie qui le marquait depuis le plus jeune âge. En bref un cocktail détonnant qui séduisait irrémédiablement n'importe quel jeune de mon âge.

De plus en plus alangui par les effets de l'alcool, je me désintéresse carrément du film (après tout l'histoire m'a montré comment ça se finit) et me niche dans le creux des épaules d'Anna, embrassant tendrement son cou sucré. Je me rends compte qu'elle tremble sans pour autant savoir s'il faut mettre ça sur le compte de l'émotion ou de la brise qui vient de se lever. Après tout, peut-être est-elle aussi stressée que moi. Peut-être qu'elle aussi, elle a passé la journée à se figurer ce qui allait se passer ce soir, qu'elle a revêtu cette blouse liberty en se disant que ce serait ce soir ou jamais. Novice et craintive...
On aborde tous cette première fois de façon égoïste, plus soucieux que nous sommes de notre sort que celui de notre partenaire. C'était mon cas c'est certain mais je ne pouvais pas dire si c'était le sien.

Le mouvement de foule naissant me sort de ma torpeur. Le générique de fin clôt le ban. Dans un regard entendu, nous décidons de terminer la soirée chez elle. Enfin pour être précis, je dois reconnaître que, vu mon état de plus en plus léthargique, tout le crédit d'une telle décision lui revient. A partir de cet instant, je ne me contente plus que de suivre l'amour. Et puis, comme si dans un ultime coup de pouce, le destin s'était enfin décidé à me donner ma chance, à me permettre de goûter au fruit défendu, elle m'apprend que ces parents sont en vacances. Haïti ou je ne sais où. Qu'importe pourvu qu'ils soient à des milliers de kilomètres de nous.

Les stations de métros s'égrènent avant même que je n'ai le temps de prononcer leur nom. On pénètre dans un immeuble haussmanien alors que je m'accroche à sa main comme à une bouée de sauvetage. Elle me propose un verre de whisky que je ne peux refuser. Alors que sans doute je le devrais. Je suis définitivement et irrémédiablement saoûl et dois bien m'y reprendre à deux où trois fois avant de réussir à lire les paroles du vinyle de Joy Division qu'elle vient de mettre dans les mains. "Love will tear us apart, un vestige de la jeunesse rock de son père", me dit-elle amusée. Elle aussi elle boit d'ailleurs, pas tant pour se donner une contenance que pour se rassurer. Du moins c'est l'impression floue que j'ai sur le moment.

"When the routine bites hard / And ambitions are low…"

Je me décide enfin à agir et avec l'enthousiasme du jeune puceau que je suis encore mais que je n'espère bientôt plus être, je me jette littéralement sur elle. Mes mains sont guidées par un aimant invisible. Celle de droite s'agrippe directement à sa fesse gauche quand sa comparse fond sur le sein droit. Une position que m'avait enseignée un pote bien intentionné et que je m'astreins dès lors à garder. Le soldat Ryan ne rend pas les armes si facilement.
Alors que je pétris cette chaire douce avec un enthousiasme que ne renierait pas mon oncle boulanger, j'en profite pour faire une nouvelle incursion dans sa bouche. Toujours ce même goût. Sucré et alcoolisé. Et moi, au milieu de tout ça, au nirvana, mon cœur balloté au rythme de ses respirations saccadées.

"And were changing our ways / Taking different roads / Then love, love will tear us apart again"

Quelle résignation quand même dans ces paroles, me dis-je entre deux coups de langues. OK la vie amoureuse du type a été un désastre mais ce n'est pas pour autant qu'il doit porter le mauvais œil à tous ces congénères.
Alors, transcendé par une audace qui m'a fait arrivé ce soir plus loin que je n'ai jamais été, je me sens investi d'une mission. J'ai envie de prouver à Ian que l'amour ne va pas forcément nous déchirer et me fais le serment de lui prouver dès ce soir qu'il a tort. En couchant avec Anna.
Love won't tear us apart again. L'amour peut sublimer le quotidien MOROSE, LA ROUTINE DES JOURS MORNES ET ......................

Oops. Alors que la musique s'arrête brutalement, je me rends compte que dans un ultime geste desespéré, en voulant ménager ma douce et tendre, je viens de vomir sur le microsillon. Regards atterrés. Cette fragilité que j'avais entrevue plus tôt chez Anna laisse subitement place à de l'incrédulité.

Désolé Ian mais je crois que ça devra attendre un autre jour. Ce soir là, à défaut de première baise, j'ai dû me contenter de ma première cuite.
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Je crois que j'ai un peu tout dit sur mon ressenti par rapport à Ian Curtis qui est un type que j'admire par dessus tout. Un des derniers romantiques mais aussi un mec qui a simplement été dépassé par l'engouement qu'il a suscité. Un dépressif esquinté par des traitements alors pas toujours efficaces. Un mec avec un charisme fou, qui même dans des vêtements bien trop grands pour lui n'en avait pas moins un classe folle. Un type possédé qui remuait sa carcasse dans tous les sens, un type qui a écris quelques uns des plus beaux textes d'amour. Quand bien même cet amour se finissait mal...