jeudi 10 février 2011

Des cons et ma Bovary



Qu'est ce que je peux bien foutre planté là devant la porte de cet immeuble cossu du 16ème ? C'est la question que je me pose alors que je pianote fébrilement sur l'intercode. Sésame ouvre-toi.

Alors que je monte un escalier qui crépite sous mes pas comme ces pétards d'enfant que j'explosais les soirs de 14 juillet, je réalise que je ne suis pas seul. Une fille qui grimpe d'un pas bien plus léger que le mien me devance d'un étage. De sa silhouette, je ne devine pas grand-chose hormis sa chevelure rousse qui, sous les reflets de la lumière des appliques du couloir, épouse les couleurs mordorées de son col de fourrure.

Je la rejoins alors qu'elle sonne. A peine avons-nous le temps d'échanger un sourire gêné que la porte s'entrouvre pour laisse échapper un fracas assourdissant, mélange d'exclamations, de tintements de verres et de musique festive. Bienvenue en enfer.

Alors que mon inconnue ôte délicatement sa cape, je lui jette un regard à la dérobée pour vérifier que le côté pile est raccord avec le côté face. Elle a une frange et de longs cheveux relevés en chignon. Elle porte une robe blanche à pois noir, comme pour parfaire son look très rétro. Au-delà de son style vestimentaire, son seul charme suranné tranche avec le décorum ambiant, défilé de bobos, en mode petite chemise / jean slim / vans, le tout parfois agrémenté d'une fine moustache (LA tendance pilaire chez les mecs en 2011) ou d'une mèche "négligemment" rebattue toutes les 45 secondes. Le comble du chiquissime.

J'ai moi-même le sentiment de jurer un peu dans le décor. Une impression confirmée par mon hôte du jour, Jean-Baptiste, qui se moque gentiment de mon look jean et tee-shirt délavé. Le comble du cheapissime.
- Rooh, t'aurais pu faire un effort quand même. Sérieux c'est quoi ce tee-shirt !
- Désolé mec, je sors à peine du boulot, j'ai pas eu le temps de me changer.
Cet aveu a pour seul effet d'interloquer mon hôte qui ne sait pas si je blague ou pas. N'ayant manifestement pas envie de trancher, il me propose de nous diriger vers le bar. Je l'aime bien JB, il est en fait bien plus cool que son look branchouille ne pourrait le laisser présager. Bien loin de cette caste de mecs un peu superficiels qui fréquentent le Social et ces autres endroits à la mode, et que je retrouve aujourd'hui en nombre.

Il m'a envoyé cette invit' pour une fête d'anciens étudiants de ma fac il y a quelques jours de ça. J'ai un peu hésité avant de venir mais ai finalement dit oui, en me disant que rien ne m'obligeait non plus à rester longtemps si je n'étais pas à l'aise.
D'ailleurs si ça me fait plaisir de revoir certaines têtes, ça me tue toujours autant de voir quelques blaireaux que je ne pouvais déjà pas encadrer à l'époque. Mais pas de surprise ici non plus, la plupart ont fini exactement comme je l'avais imaginé. La baraque et la femme qui va avec, le premier bébé en route...
On se croirait comme dans une de ces publicités des années 50 qui faisait l'apologie de la vie de famille et de la société de consommation. Mis à part que ce grain d'image caractéristique des caméras de l'époque s'efface au profit d'une vision plus brumeuse provoquée par les volutes de fumées et les gouttes d'alcool qui virevoltent ça et là, à mesure que les verres s'entrechoquent.

Alors que le doux clapotis de la vodka que JB verse dans mon verre me parvient aux oreilles, j'aperçois ma rousse au teint laiteux, occupée à discuter avec un moustachu.

-Tu la connais la fille ?, je demande en esquissant un geste de la tête dans sa direction.
- Anna ? Me dit pas que tu te l'es tapée.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'elle se tape tout le monde
- Tu déconnes ?
- Non et d'ailleurs ferme ta gueule, voila son mec !
- Mais t'as dit qu'elle se tapait tout le monde...
- Justement !

Le moustachu, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a délaissé sa douce Anna pour venir nous parler. JB en hôte poli me présente alors que moi qui le suit beaucoup moins, je prétexte avoir reconnu quelqu'un et m'absente.

A peine le premier verre de vodka éclusé, je tourne parmi les petits groupes de personnes qui se sont amoncelés ça et là, sans avoir envie de parler à aucun d'entre eux. Je regarde avec une concentration exagérée l'iPod qui distille le son de la soirée et suis sur le point de programmer le dernier morceau de Metronomy lorsque je sens une main se poser sur mon épaule.
Anna me gratifie à nouveau d'un sourire, sauf que cette fois, loin d'être gêné, il est enthousiaste. J'ai des papillons dans le cœur et l'impression d'avoir du métal en fusion dans les veines. Température corporelle qui avoisine les 40 degrés.

Elle entame la discussion par des questions classiques. Qui tu connais ? Tu fais quoi dans la vie ? Bien que j'ai tenu ce genre de discussion des centaines de fois, j'ai du mal à réfréné mes émotions. Alors qu'elle remarque que mon teint rosit à mesure que la discussion avance, je mets ça sur le compte d'une réaction à l'alcool.

Et puis une fois que les poncifs ont été évacués, chacun aborde sa jeunesse. On commence par la sienne.
- Beaucoup de bouquins, pas mal de mecs mais finalement pas tant de raisons de s'exalter. Le parcours plutôt lisse d'une jeune fille du 16eme, confesse-t-elle alors qu'elle vide son mojito d'un trait.
Elle me parle aussi de Pierre, le moustachu, qui bien qu'un peu ennuyant, la rassure. Elle me dit que parfois les filles plus que de vivre de grandes aventures, ont simplement besoin d'être rassurées, de rester dans leur zone de confort.
- Un peu comme ces princesses dans les livres qui préfèrent leur prison dorée aux contrées inexplorées qui les entourent. Mais bon, peut-être que moi aussi j'attends le prince charmant qui me sortira de là, ajoute-t-elle dans un rire cristallin.

C'est marrant, je me l'imagine un peu comme une Emma Bovary des temps modernes. Une nana qui a beaucoup lu durant sa jeunesse, voire trop. Marquée au fer rouge par ses lectures romantiques, elle se rend compte que sa vie sentimentale, loin de se conformer à ses rêves, ne lui apporte que frustrations et désillusions.
Loin de cadrer avec ses attentes un peu naïves de jeune fille en fleur, le mec avec qui elle sort aujourd'hui, tout aussi médiocre que les autres mecs avec qui elle le trompe, se révèle un substitut à peine acceptable à une vie qu'elle déteste. Elle trompe son ennui et son insatisfaction en couchant à droite à gauche mais aimerait au fond d'elle pouvoir se blottir contre le corps post-coït encore brûlant d'un amant qu'elle aime à en perdre la raison. La voila ma bovarienne. A défaut de fille facile je me rends compte qu'elle essaie désespérément de combler un vide, en s'offrant au premier venu. Et ça m'énerve un peu, voire beaucoup.
Attention, je n'ai pas la prétention de dire que je pensais que cette pièce manquante dans sa vie c'était moi, bien que sur le coup, enivré, je pense en avoir été persuadé. Et c'est d'ailleurs pourquoi je ne m'étonne pas tant que ça de lui avoir balancé toutes mes hypothèses à la gueule. Je me suis carrément emballé et je lui ai demandé si ce que JB m'avait dit était vrai et pourquoi elle faisait ça. C'est clair que c'était en partie l'alcool qui parlait à travers moi mais en même temps ça m'énervait de la voir se laisser aller comme ça, alors que moi je ramais comme un malade pour avancer, sans succès. Cette fille elle avait tout, je le voyais bien, tout le monde le voyait. Sauf elle. Elle s'enfermait dans cette posture alors que pour moi elle était bien plus que ça.

Elle se débine pas et me dit.
- Oui et alors, je profite de la vie. Qu'est ce que ça peut te foutre ? T'es jaloux ? Toi aussi t'as envie de tirer ton coup ? Tu veux qu'on aille dans la chambre d'à côté faire ça vite fait, bien fait ?

Silence. Je la regarde dans les yeux et décide sans autre mot qu'il est temps pour moi d'arrêter les frais. Je me casse. Alors que je sors de l'immeuble, le froid hivernal me cloue sur place, j'ai l'impression d'avoir pris un coup de poing dans l'estomac. J'ai du mal à respirer. Je m'allume une clope ne sachant pas quoi faire d'autre.

Et de nouveau je me demande :
-Non mais vraiment, qu'est ce que je peux bien foutre planter là devant cette porte d'immeuble ?

Alors je pars et je cours. Je cours comme un con faute de mieux et parce que j'en ai marre de pas réussir à avancer dans la vie. J'en ai marre de faire du surplace et mes jambes l'une après l'autre commencent à accélérer, dans une cadence qui pour moi devient salutaire.
Je fais de cette course effrénée jusqu'à l'arrêt de métro une question de vie ou de mort pour laquelle la vieille complètement ramassée que je dépasse et la poubelle éventrée que j'enjambe sont autant d'obstacles.
Le vent glacial qui me fouette le visage fait naître des larmes à la commissure de mes lèvres. Des larmes qui s'étirent comme la cire d'une bougie dont la flamme vacille. Sauf que moi j'ai tout sauf envie que cette flamme s'éteigne alors que mon effort athlétique ramène un peu de chaleur dans mon corps et dans mon cœur frigorifié.

A bout de souffle comme un Belmondo à la poursuite de Jean Seberg ou de je ne sais qui, je ne sais quoi, je descends l'escalier pour me jeter comme un désœuvré sur le quai.
8 minutes bordel, j'y crois pas. Le destin semble s'escrimer à me retenir prisonnier. Me voila comme un con, de nouveau prisonnier de mon immobilité.
Un bruit qui me semble familier me sort de ma torpeur : un claquement de talons sur le ciment dur du quai. Je tourne la tête. Je la voie.

- Pourquoi t'es parti de la soirée ?
- Et toi pourquoi tu m'as suivi ?
- Tu pensais ce que t'as dit tout à l'heure ?
- Pourquoi j'avais raison ?
- Ca changerait quelque chose tu pense ?
- T'en as pas marre de répondre à mes questions par d'autres questions ?

Elle pose son index pour m'indiquer de me taire puis esquisse un léger mouvement de tête en arrière. Contrairement à Bovary, à la fin de cette histoire ce n'est pas dans de l'arsenic qu'elle trempe ses lèvres mais dans les miennes, trop surprises par ce qui leur arrive.
A cet instant, je sais pas si pour elle je ne serai  qu'un parmi tant d'autres mais je m'en fous . Moi aussi j'avance enfin. Et c'est tant mieux.

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J'avoue que ma came du moment c'est "She wants" de Metronomy, le single de l'album "French Riviera" qui sortira le 11 avril. J'aime bien le rythme faussement nonchalant de la chanson, ponctué de tremolos toutes les 30 secondes, des "Boeings" lancinants.
D'ailleurs je trouve que le clip cadre bien avec le morceau, en témoigne les séquences en slow motion qui le parsèment, dans cette atmosphère un peu défraichie de fin de soirée.
Dans la séquence d'intro, le speaker de la radio balance "it's a hot and sticky night in the bay area, you'r listenning to French Riviera FM", je pense qu'au final, on a tous envie de s'abandonner dans la moiteur des draps de soie du lit, blotti contre cette brune langoureuse.


mardi 1 février 2011

Les Kills, vous allez en mourir d'envie


En soirée, avant le début d'un concert ou même parfois au moment du petit-déjeuner, il est une question qui revient perpétuellement, insidieuse, lancinante, alors que ma gorge se noue aussi brutalement qu'elle est prononcée, me rappelant les moments les plus sombres de mon histoire personnelle, lorsque ma prof de math m'interrogeait sur les fonctions exponentielles. Cette question c'est la suivante : "dis-moi, c'est quoi ton groupe préféré ?"

Il faut dire que mes revirements systématiques sont un sujet récurrent de moquerie parmi des potes qui, intraitables, s'acharnent à me mettre face à mes contradictions.

"-Mais je croyais que c'était le Black Rebel Motorcycle Club ton groupe préféré ? T'as changé d'avis ? Ce sont les Libertines maintenant ? Je te rappelle qu'ils ont quand même splitté il y a un moment.
- Oh du calme, t'es de la police ou quoi ?"

Cette stigmatisation aussi éprouvante soit-elle pour ma pauvre petite personne a au moins un mérite. Elle souligne la difficulté pour tout un chacun de faire le tri entre :

- son groupe préféré de tous les temps mais qui a un peu vieilli (ah Led Zep, ça envoyait du bois à l'époque)
- le groupe pour lequel on éprouve une tendresse particulière mais qui a splitté (les Libertines, leurs embrouilles perpétuelles ne me les rendaient que plus fascinants)
- le groupe qu'on dit adorer parce que ça fait underground et que ça satisfait notre ego un peu snobinard (Quoi tu connais pas Crystal Fighters ??? C'est une sorte de brassage low-fi-dubstep-punk à la sauce world)
- et pour finir, le groupe sur la musique duquel on a connu son premier flirt adolescent (Michel Berger, je m'en rappelle comme si c'était hier, elle s'appelait Jennifer...).

Difficile du coup, dans ce barnum de préférences, de faire émerger LE groupe.

Cette petite introduction existentielle n'a pour seul but que de vous parler des Kills. Car les Kills, eh bien pour moi c'est un petit peu tout ça. Un groupe qui figure en bonne place dans mon panthéon personnel. C'est un duo, composé d'un brun ténébreux, Jamie Hince (accessoirement le mec de Kate Moss) et d'une brune toute aussi ténébreuse mais encore plus magnétique, Alison Moshart, objet éternel de mes fantasmes adolescents. Niveau musique, on peut parler pêle-mêle, de combo rock garage, guitares lancinantes, chansons minimalistes, boîtes à rythme. Je vais arrêter là car on dit à juste titre qu'une bonne écoute vaut toujours mieux qu'un long discours donc faites vous votre avis , et encore .

Les Kills sortent leur 4e album "Blood Pressures", le 4 avril prochain. Soit deux jours avant leur concert au Bataclan auquel évidemment je ne manquerai pas d'assister. Hier ils présentaient le premier single extrait de cet album, "Satellite".
S'il est toujours difficile de juger un album à l'aune d'une seule chanson, on peut toutefois dire que celle-ci laisse présager un album résolument différent de ce qu'ils ont fait par le passé. Magic RPM parle assez justement d'un "étrange blues reggae-rumba, avec son rythme traînant et son chant d'emphase".

Personnellement, moi qui aime le sont brut et garage des Kills, je dois avouer que je ne me suis pas forcément extasié devant ce son un peu trainant qu'est Satellite.
Mais bon, tout ça ne m'empêche quand même pas d'attendre avec une impatience non dissimulée la mise en orbite hihihi

jeudi 27 janvier 2011

Taylor Momsen, la gossip girl qui voulait devenir rock star



L'autre ce soir, j'avais décrété que ce serait soirée tranquille pour moi. Confortablement calé dans mon canap', je m'adonnais donc à mon activité préférée lorsque j'ai la flemme de tout, à savoir un zapping frénétique entre les différentes chaînes de télés. Une activité qui peut durer jusqu'à ce que sommeil s'en suive en temps normal mais qui fut hier subitement interrompue par l'apparition d'une des héroïnes de la série Gossip Girl (vous savez cette série qui raconte les frasques de la jeunesse dorée de l'Upper East Side new-yorkais). Taylor Momsen, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, se produisait sur la scène de Taratata avec son groupe The Pretty Reckless. Elle y interprétait deux morceaux : son "succès" Make Me Wanna Die et une reprise du célèbre "Wonderwall" d'Oasis.

Alors que je la regardais remuer sa crinière blonde dans tous les sens, je ne pouvais m'empêcher de penser à une chose. Taylor Momsen c'est la Cherie Currie du 21ème siècle, les penchants lesbiens en moins. Et encore... Elle a récemment confessé : « les hommes m'ennuient, mon meilleur ami est mon vibromasseur... ».
Cherie Currie c'est cette nana qui était la chanteuse des Runaways, groupe au destin météoritique à la fin des années 70. Elle partageait l'affiche avec Joan Jett (elle, plus connue pour son célèbre "I love rock'n roll").
Taylor et Cherie partagent un goût immodéré pour le scandale et considèrent les porte-jarretelles en tant qu'accessoire vestimentaire à part entière. J'ai d'ailleurs découvert en allant faire des recherches sur Internet après cette épiphanie visuelle que Taylor Momsen avait été pressentie pour jouer le rôle de Cherie Currie dans l'adaptation cinématographique "The Runaways". Apparemment son caractère instable aurait fait capoté l'affaire. Quand je vous disais que ces deux là avaient beaucoup en commun.

De même que Cherie Currie est passé de façon assez fulgurante du statut de fille modèle à celui de starlette délurée, j'ai vu le personnage interprété par Taylor Momsen, Jenny Humphrey aussi appelée "Little J", fille mal dans sa peau et mal fagotée, se muer en créature résolument stylée tendance destroy au fil des saisons (oui je le confesse je regarde Gossip Girl). Bien qu'elle s'en défende en interview voire même s'en agace, Taylor Momsen a de même que son personnage suivi une telle trajectoire. Et celle qui se plaignait qu'on l'assimile à son personnage de la même manière que l'on confondait Shannon Doherty avec la bitch de Beverly Hills, s'est progressivement identifiée à celui-ci, pour ne faire plus qu'un avec lui. Une ado pourrie gâtée, une chipie rock et trash dont la moindre apparition nous donne envie de la dégommer. J'exagère à peine.

Elle est donc là sur scène, à se déhancher, enchainant les pauses lascives. Ses lèvres sont barbouillées de rouge à lèvre alors que son goût immodéré pour l'eyeliner confère à ses yeux un effet "smoky eye" du plus mauvais goût. Ses ongles sont eux peinturlurés d'un vernis noir écaillé. Voilà pour la silhouette du jour façon Grazia.
Musicalement pas grand-chose à dire en revanche. C'est l'histoire d'une ado de 16 piges qui aspire à devenir plus que la starlette pour teenagers qu'elle est déjà. Alors, elle s'entoure de rockers plus proches de l'âge de son père que du sien et monte son groupe de hard rock, en espérant buzzer sur son seul nom. Le problème c'est que, pour reprendre ce vieux slogan Canada dry, ça a beau avoir la couleur du rock et le goût du rock... c'est encore loin d'être du rock !

Et c'est sans doute là la principale différence avec Cherie Currie. Si cette dernière n'avait pas une aussi belle voix que Taylor Momsen, elle avait au moins la modestie voire la décence de ne pas essayer de composer, laissant ce privilège à son manager omnipotent ou à Joan Jett.
Parce qu'elle ne peut plus se contenter de ce statut de poupée blonde marketée pour un public d'ados en rut que la télé lui offrait déjà, Taylor veut elle exprimer ses sentiments à travers des textes tout droit sortis d'un magazine pour ado du genre "Muteen". Ce qui donne dans le texte des paroles aussi fortes que : "Tu me donnes envie de mourir / Je ne serais jamais assez bien / Tu me donnes envie de mourir/ Et tout ce que tu aimes / Va se volatiliser dans la lumière / Et à chaque fois que je regarde / dans tes yeux / Je brûle à la lumière." Dont acte.

Voila donc pour les velléités musicales qui la font se retrouver là, sur la scène de Taratata, noyée sous une masse de cheveux blonds, mauvaise copie de Cherie Currie, à beugler son éternelle punchline "Make me wanna diiiiiie".
Attention "little J", on risque bien de finir par te prendre au mot...

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Sinon pour les amateurs voici un live des Runaways au Japon où elles étaient de véritables stars à l'instar de Mireille Mathieu aujourd'hui.... C'est musicalement pas terrible mais ça a le mérite de dégager une certaine "énergie punk".


mardi 18 janvier 2011

Ma toute première fois



On se rappelle tous de notre première fois. Quand bien même on était complètement arraché au moment où cela se passait... Le moment est suffisamment marquant pour survivre aux affres de l'oubli éthylique. On s'y prépare toujours mentalement avant aussi. Avec toute l'appréhension que l'imminence d'un tel événement peut susciter. Moi je dois avouer que je m'en rappelle comme si c'était hier. C'était un beau jour d'été à Paris. On avait emménagé depuis peu avec mes parents dans un 20ème qui n'était pas encore le coin bobo qu'il est aujourd'hui. On quittait alors le 15ème qui était lui par contre déjà aussi coincé qu'aujourd'hui.

J'avais 16 ans depuis quelques mois et tout l'enthousiasme qui allait avec cet âge là. Et puis c'était les vacances.... Je me rappelle m'être levé assez tôt, réveillé par la chaleur qui s'instillait déjà dans ma chambre récemment peinte. Après avoir ingurgité mon petit-déj, j'étais allé flâner dans mes spots habituels. Errant le long du canal Saint-Martin. Profitant de cette chaleur âpre qui était par moment balayée par une brise humide provenant du rivage.

Quelques jours plus tôt j'avais enfin réussi à convaincre Anna une fille qui faisait partie de la bande avec laquelle je trainais alors, de passer une soirée avec moi. Rien qu'avec moi et pas avec tous ces tocards qui passaient leur temps à vouloir l'impressionner, pendant que je m'escrimais à faire le type qui n'en avait rien à foutre d'elle. J'avais lu ça quelque part. Dans un magazine de mon père qui décryptait les raisons pour lesquelles les nanas étaient attirées par les mecs qui leur étaient indifférents. Cette lecture s'était résumée en une punchline, un credo : "Montre lui du dédain, elle n'en aura que plus envie de toi".
Malheureusement j'avais du loupé un passage car au bout de quelques mois et après qu'elle ait déjà choppé trois de mes potes plus entreprenants, j'en venais au constat qu'une telle posture était pour le moins inefficace. Et me décidais donc à passer à l'attaque.

Je dois avouer qu'à l'époque ma conception d'une bonne soirée se résumait à boire une bouteille de vin et mater un film! Si jeune et si bobo. Tout ça pour dire que j'avais proposé que l'on se retrouve à la diffusion en plein air de "Control", le film sur Ian Curtis le frontman du trop éphémère groupe Joy Division. Dieu sait que les années 80 ont été à chier musicalement et la disparition subite de Curtis en 80 y est sûrement pour beaucoup.

Je vous entends déjà. Vous me direz : "Mais mon garçon, c'est quoi ce programme pour un premier rencard ? Un film sur un mec dépressif qui se suicide ? Et puis quoi ensuite ? Rencard au Père Lachaise pour honorer la mémoire de Jim Morrison avant de sanctifier un amour éternel en sautant du balcon de l'appart de tes parents ?" Peut-être et alors. Que celui qui n'a jamais été un tant soit peu emo durant son adolescence me jette le premier cachet de Xanax. Et je n'inclue même pas dans le lot tous les fans de cette escroquerie que fût Tokyo Hotel.

D-day comme dirait les alliés. Le soldat Ryan est fin prêt à dégoupiller. Moi aussi je vais avoir droit à mon débarquement.

Je l'attends déjà. Je suis venu en avance. Une habitude un peu stupide que je cultive pour tous mes premiers rendez-vous. Certains préfèrent arriver à la bourre pour se donner une contenance, moi j'aime bien m'imprégner des lieux. Et puis comme ça, c'est un peu comme si je jouais à domicile...
Trocadero et sa troupe de breakdanceurs puis le Champs de Mars. L'air est empli d'une odeur d'herbe fraichement coupée. Ca me rappelle la campagne et ces étés que je passais chez mes grand parents, affalé dans les champs, la tête tournée vers le ciel, à regarder passer les nuages avec pour seul background sonore le bêlement des brebis de mon oncle. C'est toujours mieux que les beats et hurlements sonores qui émergent de ces chaînes hifis portatives sur lesquels les danseurs rivalisent de souplesse.

A mesure que le soleil décline, le ciel s'embrase dans une teinte orangée. Alors que je l'aperçois au loin, je me plonge subitement dans la lecture du bouquin que j'ai amené avec moi, en prenant mon air le plus concentré possible. "Le soleil se lève aussi", Hemingway. Poseur que je suis ahahaha.
Elle porte un jean et une blouse liberty. Un sac est posé à côté d'elle. Evidemment c'est cette saleté de Longchamp que toutes les midinettes entre 16 et 20 ont avec elles. Dixit le type qui porte des converses comme 80 % de ses camarades. Je contemple l'objet du délit, avachi sur l'herbe. Un Oops où Audrey nous raconte comment elle a rencontré l'homme de sa vie à une pasta party et un bouquin de Marcuse qui s'escrime à expliquer quelles sont les différences entre la théorie telle qu'énoncée par Marx et son application par Staline and co, se battent en duel. Vous parlez d'un grand écart intellectuel... Au moins le type qui joue la carte intello à fond prendra soin de cacher son France Football lui !

J'engage la discussion et ô surprise elle embraye... Comme quoi c'est pas si dur de discuter en tête à tête avec une fille. Bon ça avait peut-être un rapport avec le fait que j'ai omis de vous préciser qu'entre ma petite flânerie et mon arrivée à Troca, j'avais été éclusé quelques verres avec mon pote Ben, en attendant. Ce type était aussi naze que moi, si ce n'est plus, avec les nanas mais était en revanche au top pour tout ce qui avait trait aux stupéfiants, béquilles chimiques et autres alcools. Autant être honnête tout de suite, je suis clairement le genre de mec qui picole pour se donner une contenance et un semblant de spiritualité. On pourrait mettre ça sur le compte de l'adolescence et du manque d'assurance qui va avec mais malheureusement cette habitude est tenace et n'est jamais vraiment partie en grandissant. Si vous ne l'avez pas encore fait jetez-moi enfin ce cacheton de Xanax...

L'écran qui crépite nous rappelle que nous discutons depuis déjà une heure. Sourires amusés. J'ouvre la bouteille de rouge que j'ai ramené du Monop'. Mes mouvements commencent à être de plus en plus maladroits. Je me dis que j'ai peut-être abusé plus tôt mais me rassure en me disant qu'elle n'a rien remarqué. Le film commence. Premières gorgées en tête à tête. La chaleur de l'alcool s'engouffre dans nos corps.

Il y a quelque chose de prophétique dans son regard. Je sais pas si c'était l'alcool qui me faisait miroiter ce genre de choses (bien que j'en sois a posteriori quasiment certain), mais toujours est-il qu'à cet instant précis, je vois un avenir pour nous dans ces yeux vert clair. Dans un premier acte de bravoure éthylique, je pars à la rencontre de ses lèvres humectées de vin. Je me sens enfin bien. Bienvenue à la maison petit.
C'est cliché mais j'ai envie que ce moment dure à jamais. J'ai envie de toute oublier et de me lover dans ses bras. Je sais bien que la coutume veut que le mec soit le protecteur, que la nana puisse trouver une épaule sur laquelle se réconforter mais moi en l'occurrence j'ai juste envie de m'abandonner, de me laisser aller, « enjoy the moment » comme dirait les américains. Pour éviter ces lendemains qui déchantent et surtout ne jamais dégriser. Je suis bien.

Mes lèvres quittent cet amarrage humide et mes yeux se concentrent de nouveaux sur le film. Sourires gênés. Un anneau à l'annulaire de Curtis qui interprète « Lost control » m'interpelle. Je crois bien que c'est la première fois que je vois une alliance orner le doigt d'un rocker et dois même avouer que c'est un peu ce qui m'attirait aussi chez Curtis. Rendez-vous compte, le mec s'est marié à 17 piges, a rencontré peu de temps après celle qui je pense a été l'amour se sa brève vie et malgré ça n'a jamais pu casser avec sa vieille. Tiraillé entre deux filles, il n'a jamais vraiment pu se résoudre à choisir. Jusqu'à la fin...
Et puis une chose qui restera à jamais gravé dans l'esprit de l'ado que j'étais alors, c'est cette danse d'épileptique qui restera à vie sa marque de fabrique. N'importe quel mec qui se serait risqué à de tels pas de danses aurait eu l'air totalement ridicule mais lui... Une telle classe. Un sentiment d'insécurité, un charisme, le tout étroitement lié à cette d'épilepsie qui le marquait depuis le plus jeune âge. En bref un cocktail détonnant qui séduisait irrémédiablement n'importe quel jeune de mon âge.

De plus en plus alangui par les effets de l'alcool, je me désintéresse carrément du film (après tout l'histoire m'a montré comment ça se finit) et me niche dans le creux des épaules d'Anna, embrassant tendrement son cou sucré. Je me rends compte qu'elle tremble sans pour autant savoir s'il faut mettre ça sur le compte de l'émotion ou de la brise qui vient de se lever. Après tout, peut-être est-elle aussi stressée que moi. Peut-être qu'elle aussi, elle a passé la journée à se figurer ce qui allait se passer ce soir, qu'elle a revêtu cette blouse liberty en se disant que ce serait ce soir ou jamais. Novice et craintive...
On aborde tous cette première fois de façon égoïste, plus soucieux que nous sommes de notre sort que celui de notre partenaire. C'était mon cas c'est certain mais je ne pouvais pas dire si c'était le sien.

Le mouvement de foule naissant me sort de ma torpeur. Le générique de fin clôt le ban. Dans un regard entendu, nous décidons de terminer la soirée chez elle. Enfin pour être précis, je dois reconnaître que, vu mon état de plus en plus léthargique, tout le crédit d'une telle décision lui revient. A partir de cet instant, je ne me contente plus que de suivre l'amour. Et puis, comme si dans un ultime coup de pouce, le destin s'était enfin décidé à me donner ma chance, à me permettre de goûter au fruit défendu, elle m'apprend que ces parents sont en vacances. Haïti ou je ne sais où. Qu'importe pourvu qu'ils soient à des milliers de kilomètres de nous.

Les stations de métros s'égrènent avant même que je n'ai le temps de prononcer leur nom. On pénètre dans un immeuble haussmanien alors que je m'accroche à sa main comme à une bouée de sauvetage. Elle me propose un verre de whisky que je ne peux refuser. Alors que sans doute je le devrais. Je suis définitivement et irrémédiablement saoûl et dois bien m'y reprendre à deux où trois fois avant de réussir à lire les paroles du vinyle de Joy Division qu'elle vient de mettre dans les mains. "Love will tear us apart, un vestige de la jeunesse rock de son père", me dit-elle amusée. Elle aussi elle boit d'ailleurs, pas tant pour se donner une contenance que pour se rassurer. Du moins c'est l'impression floue que j'ai sur le moment.

"When the routine bites hard / And ambitions are low…"

Je me décide enfin à agir et avec l'enthousiasme du jeune puceau que je suis encore mais que je n'espère bientôt plus être, je me jette littéralement sur elle. Mes mains sont guidées par un aimant invisible. Celle de droite s'agrippe directement à sa fesse gauche quand sa comparse fond sur le sein droit. Une position que m'avait enseignée un pote bien intentionné et que je m'astreins dès lors à garder. Le soldat Ryan ne rend pas les armes si facilement.
Alors que je pétris cette chaire douce avec un enthousiasme que ne renierait pas mon oncle boulanger, j'en profite pour faire une nouvelle incursion dans sa bouche. Toujours ce même goût. Sucré et alcoolisé. Et moi, au milieu de tout ça, au nirvana, mon cœur balloté au rythme de ses respirations saccadées.

"And were changing our ways / Taking different roads / Then love, love will tear us apart again"

Quelle résignation quand même dans ces paroles, me dis-je entre deux coups de langues. OK la vie amoureuse du type a été un désastre mais ce n'est pas pour autant qu'il doit porter le mauvais œil à tous ces congénères.
Alors, transcendé par une audace qui m'a fait arrivé ce soir plus loin que je n'ai jamais été, je me sens investi d'une mission. J'ai envie de prouver à Ian que l'amour ne va pas forcément nous déchirer et me fais le serment de lui prouver dès ce soir qu'il a tort. En couchant avec Anna.
Love won't tear us apart again. L'amour peut sublimer le quotidien MOROSE, LA ROUTINE DES JOURS MORNES ET ......................

Oops. Alors que la musique s'arrête brutalement, je me rends compte que dans un ultime geste desespéré, en voulant ménager ma douce et tendre, je viens de vomir sur le microsillon. Regards atterrés. Cette fragilité que j'avais entrevue plus tôt chez Anna laisse subitement place à de l'incrédulité.

Désolé Ian mais je crois que ça devra attendre un autre jour. Ce soir là, à défaut de première baise, j'ai dû me contenter de ma première cuite.
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Je crois que j'ai un peu tout dit sur mon ressenti par rapport à Ian Curtis qui est un type que j'admire par dessus tout. Un des derniers romantiques mais aussi un mec qui a simplement été dépassé par l'engouement qu'il a suscité. Un dépressif esquinté par des traitements alors pas toujours efficaces. Un mec avec un charisme fou, qui même dans des vêtements bien trop grands pour lui n'en avait pas moins un classe folle. Un type possédé qui remuait sa carcasse dans tous les sens, un type qui a écris quelques uns des plus beaux textes d'amour. Quand bien même cet amour se finissait mal...

samedi 25 décembre 2010

Un conte de Noël


Attention rien à voir ici avec le film de Desplechin. Pas de tragédie familiale en vue, pas d'analyse sirupeuse des rapports père-fils et des Oedipe non réglés. Il ne s'agit ici rien de plus que des atermoiements typiques de la vie en entreprise, les banalités navrantes d'une boîte qui aime à se penser comme une famille. Tu parles ! T'as envie de coucher avec un des membres de ta famille toi ?
Car c'est dans cette histoire mon cas. Depuis quelques jours je traîne mon spleen dans les couloirs de la boîte à la recherche de cette fille qui me manque tant comme diraient les emos d'Indochine. Profitant de chaque pause, et dieu sait qu'elles sont nombreuses ces derniers temps, je scrute les couloirs, guettant son passage. J’en suis arrivé au point où j’essaie de partir en même temps qu’elle pour pouvoir la croiser dans l’ascenseur. Bien sûr lorsque cela arrive je lui adresse à peine la parole mais bon, le silence qui s’installe reste un substitut acceptable à mon désarroi amoureux. Et puis rien ne m’empêche de la mater du coin de l’œil…

OK je sais que présentée de la sorte, la situation a quelque chose de désespérée voire de perverse mais je vous assure que dans ma tête, il ne s'agissait rien de plus que d'une quête amoureuse avec tout ce qu'elle a de romantique... et de pathétique. Forcément.
D'ailleurs je n'ai plus les statistiques en têtes mais je sais que le nombre de relations amoureuses qui ont commencé au boulot sont plus élevées qu'on pourrait le penser. En même temps, ne nous voilons pas la face, une fois sorti du sérail de la fac ou de l'école, il ne reste plus beaucoup de terrains de chasses. Les couples ont de plus en plus tendances à faire des soirées couples et toi tu te retrouves comme un con à trainer dans les bars avec le reste de tes semblables.

Changement de décor. Dans ma chambre, King of the Beach des Wavves en fond sonore. Sans conteste la meilleure chanson d’auto-motivation de l’année. Ouais mec, c’est moi le king of the beach. Une goutte de parfum plus tard, j’apporte la touche finale à un ensemble qui doit selon mes prévisions me permettre de concrétiser enfin avec Mathilde F (soucis d’anonymat oblige), la fille en question. J’ai mis mon caleçon fétiche, ma chemise fétiche et mon jean fétiche. Qui a dit que fétichisme et romantisme ne faisaient pas bon ménage ?
Ca ne vous est jamais arrivé d'entamer une soirée gonflé à bloc ? D'y aller mu par je ne sais quelle certitude que ce soir là, quelque chose de spécial va arriver. Que vous allez enfin conclure avec la personne que vous convoitez depuis déjà un moment ? Ou qu'à défaut vous aller choper un(e) inconnu(e) qui passera par là ? Moi ça doit bien m'arriver plusieurs fois par mois. Eternel optimiste que je suis ! Et pour un résultat souvent inversement proportionnel aux espoirs que j'y avais placé. C'est-à-dire keutchi, comme dirait ma grand-mère. Et pourtant à l'instar d'une mouche qui se cogne inexorablement contre le carreau d'une vitre mal lavée, je retombe chaque fois dans mes travers. Ce soir ne déroge pas à la règle. Oui, ce soir je le sens bien. A nouveau.

D’habitude Noël dans la boîte, c’est un pauvre sapin et des cadeaux pour les enfants. C’est aussi open bonbons et un peu de cidre mais pas plus, histoire d’éviter les débordements. Bordel ils pensent un peu aux célibataires et à ceux qui sont restés bloqués à la vingtaine ? Ceux pour qui manger une tranche de cake avec une ribambelle de bambins autour est loin d’être la conception qu’ils se font d’une bonne soirée.
Pourtant cette année, c’est différent. La boite venant de se faire rachetée, une grande soirée est organisée pour permettre à chacun de connaître ses nouveaux collègues. Du team building comme ils l’appellent. Moi du moment qu’alcool et musique sont aux rendez-vous j’appelle ça comme vous voulez. Je suis même prêt à me faire racheté chaque année si ça doit nous permettre d’organiser des grands raoûts à chaque fois. Et multiplier ainsi les occasions de voir Mathilde F…

Je mets mon cuir. Cendrillon est prête pour aller au bal. Je suis dans le métro et une inscription taguée prêt de la porte du wagon m’interpelle. "On dit qu'un sourire vaut plus que de l'or alors rendons nous riche." Je regarde la dame en face de moi. La cinquantaine. Elle tire une tronche pas possible. OK.

Le Globo. Déambulant parmi une assemblée de visages qui me semblent vaguement familiers alors que d'autres me sont carrément inconnus, je trompe mon ennui à coup de mousseux dégueulasse, piquant ça et là quelques coups de fourchettes dans des gâteaux tout juste passables. Tout en espérant atteindre un état minimum d'ivresse.
Ce soir, à défaut de grand bal de Noel, on assiste plutôt au grand bal des hypocrites où chacun revêt un masque de circonstance, un mélange de sympathie et de miséricorde... Sourires forcés. Et toi comme un con tu t’engages dans des promesses que tu sais pertinemment que tu ne vas jamais tenir. « Comment ça va toi ? On ne se voit plus ! Faut vraiment qu’on se fasse des dejs plus souvent. Je t’envoie un mail demain pour qu’on se cale ça ! » Et puis quoi encore…

Oups. A quel moment l'alcool a-t-il commencé à opérer un tel effet en moi ? J'étais pourtant nickel il y a quelques minutes alors que là je me noie peu à peu dans une vague de fumée et de stupre. J’essaie vainement de me débattre mais la noyade semble irrémédiable. Arghhhh Nico, il s'agirait pourtant d'éviter les débordements de la semaine dernière quand tu t'es désapé en un clin d’œil et as commencé à jouer de l'harmonica au beau milieu d’un repas tranquille.
Quand je vous dis que je suis comme cette satanée mouche qui se cogne irrémédiablement à la vitre.

Quelques verres de whisky plus tard, ma vessie se rappelle à mon bon souvenir. Direction les toilettes. La porte est fermée. Vu les gloussements et les gémissements qui en proviennent, je suis tenté de croire qu’un couple profite de l’intimité de la cabine pour s’adonner aux plaisirs interdits. Ce qui me rappelle d'ailleurs que je n’ai guère avancé dans ma propre quête. Il serait temps de se lancer. Quelques petits raclements de gorge plus tard, le couple se décide enfin à sortir. Sourire gênés. Bon ben on dirait que Mathilde passe une bonne soirée en fait…
“The plan was to drink until the pain over / But what's worse, the pain or the hangover ?” Ces paroles si justes du philosophe ès rap Kanye West résonnent dans ma tête. Il est temps de rentrer. Cette soirée ne m’offrira rien de bon, j'en suis maintenant certain. Autant éviter de se mettre minable devant toute la clique du management. Ou mieux vaut en tout cas garder ce plaisir pour une autre fois.
Retour à la case depart. Me voila de nouveau dans le métro. Mes gestes sont étourdis par les reliquats de l’alcool que j’ai ingurgité en début de soirée. Il est quand même cinq heures et quelques. Un vieux black est assis en face de moi. Mal rasé, il lit un petit bouquin dont les inscriptions sont en arabe et marmonne.
D’innombrables vaisseaux sanguins creusent de fins sillons dans le blanc de ses yeux. Une casquette de golf beige à liserée vert coiffe ce visage barré par des cernes qui semblent indiquer "oui les gars, je dois porter toute la misère du monde sur mon dos". Sentant sans doute mon regard appuyé, il lève la tête. Ca y est il va me jeter un regard de défiance. Mais en fait non, il me sourit. Bon, après tout rien à foutre de Mathilde F. Me voilà riche....

Joyeux Noël à tous !

dimanche 12 décembre 2010

Dans ta chambre

Me voila dans ta chambre. On fume des clopes alors que l'éclairage de ton néon grésillant se reflète dans un halo de lumière et de fumée. Les posters défraichis des Bowie et autres Lou Reed me font réaliser que ça doit bien faire une dizaine d'années que je ne suis pas revenu ici. Et pourtant on parle, comme si de rien n'était. C'est vrai qu'on en a partagé des fous-rires sur ce lit. Des larmes aussi, il faut bien l'avouer. Je me rappelle ton premier chagrin d'amour. Inconsolable, tu étais restées cloitrée pendant trois jours dans ta chambre et j'avais du ruser pour réussir à entrer dans ta tanière. Je crois que c'est mon regard apitoyé qui avait réussi à amadouer ta mère à qui tu avais pourtant donné des consignes strictes. A moins que je n'aie réussi à entrer par la persienne de ta chambre, je ne me rappelle plus trop en fait. Les histoires se confondent. Il nous en est arrivé tellement de choses dans le confort exigu de ta chambre d'adolescente.

Ce soir encore une fois c'est une déception amoureuse qui nous rassemble. Tu as décidé de divorcer après 5 ans de mariages et un gosse. Je t'ai pas caché que si ton appel m'avait surpris, il ne m'en avait pas moins fait plaisir.

- "Pourquoi moi ?"
- "Et pourquoi pas", m'avais-tu répondu, retrouvant ta candeur de jeune fille.

J'essaie de te rassurer en mettant en perspective la richesse de ton histoire sentimentale avec la vacuité de la mienne. On parle aussi... De tout et de rien. J'ai l'impression de retrouver un peu de notre jeunesse, à l'époque où nous étions tellement inséparables que les gens nous taquinaient. Il ne se passait pas un déjeuner sans que mon père me demande de tes nouvelles, un sourire aux coins des lèvres. Moi je m'en foutais de ce que pouvait dire les autres et c'était la même chose pour toi. On vivait notre vie comme aimaient à le répéter les ados un peu bravaches que nous étions alors.

Enfin détendu, je m'affaisse nonchalamment sur ton lit alors que ta chevelure abondante s'est délicatement nichée au creux de mon ventre. En nous regardant ainsi installés, je pense à cette scène du "Mépris" de Godard où Bardot, allongée sur le lit, demande à Michel Piccoli de sa voix flûtée et langoureuse : "Tu les trouves jolies mes fesses ?". Mais le parallèle s'arrête là, notre discussion est d'un tout autre ordre... Et toi tu n'es pas toute nue. D'ailleurs je me rends compte que tu portes ce pull de laine orange que je t'avais offert un Noël et m'amuse de cette coïncidence. Je me rappelle t'avoir dit qu'il se mariait bien avec ton teint. Ce teint laiteux dont j'avais pris l'habitude de me moquer gentiment lorsque que tu revenais de la plage couverte de coups de soleils.

Un bouquin poussiéreux de Sylvia Plath, calé depuis ce qui semble être une éternité sur ta table de nuit, me remémore ces discussions interminables que nous pouvions avoir. Sur ton cheval de bataille donc, la place des nanas dans la société... Mais aussi sur des sujets plus légers comme les embrouilles entre les Stones. En fait tout était prétexte à débat entre nous et c'est peut être ce qui faisait le succès de notre relation platonique. Dans notre délire adolescent, on se voyait un peu comme les Sartre et Beauvoir des temps modernes. Tes incisives légèrement avancées, mais non moins charmantes, justifiaient même ce surnom de Castor que Sartre avait accolé à Beauvoir. On partageait tout, depuis nos problèmes familiaux jusqu'à nos déceptions amoureuses. On fumait les gauloises de ta mère et parfois même nous autorisions-nous quelques larmes du scotch de ton père, enivrés que nous étions, par le frisson du danger... On était jeunes. Qu'est ce qui a donc pu nous arriver ? C'est vrai que mon rythme de vie dissolu m'a fatalement éloigné de toi, plus préoccupée que tu étais par ta nouvelle vie de famille. Et puis ?

- "Dis ça t'arrive de penser à nous ?", me demandes-tu.
- "Oui bien sûr. C'est même ce que je fais à l'instant, je me demande comment on a fait pour se perdre de vue."
- "Mais non pas comme ça...."
- "Comment alors ?"

Mais à peine ai-je achevé ma phrase que je comprends ce que tu entends par là. Tu esquisses un sourire. Une petite ride que je n'avais jusque là pas remarquée s'échappe de la commissure de tes lèvres, me rappelant que le temps a bien passé. Tu replaces l'une de tes mèches blondes derrière l'oreille. Un geste que je t'ai vu faire des milliers de fois lorsque tu voulais masquer ta gêne. A ceci près que jusqu'à présent, je n'en étais jamais la cause.

- "Oublie ce que j'ai dit, je commence à être soûle."

Ta voix s'éteint dans un souffle alors que cette allusion à peine voilée réveille en moi quelque chose. Pourquoi moi ? Et pourquoi pas.

Nous continuons à discuter toute la nuit, reprenant tout naturellement le fil d'une conversation interrompue il y a de ça des années. Au fil de la discussion et à mesure que je te regarde, je me rends compte que quelque chose à changer. Je me rends compte que je commence à faire des efforts pour te paraitre spirituel. Chacune de mes phrases fait au préalable l'objet d'une intense réflexion, chaque mot est choisi avec soin. Si j'ai envie de te prouver que je suis toujours le même, j'ai aussi envie que tu me considères enfin différemment... Ah le paradoxe des sentiments amoureux... Car oui, c'est bien de ça qu'il s'agit. Ça me paraît maintenant évident.

Dans cette séquence du "Mépris", Bardot concluait, mi-interrogative mi-langoureuse, "Donc tu m'aimes totalement". Piccoli lui répondant : "Oui, je t'aime totalement, tendrement, tragiquement." Je me dis que pour nous le bonheur est encore possible et qu'après tout, peut-être que moi aussi je peux t'aimer. Tout simplement.

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Cette scène où l'on voit Bardot (en qui on a d'ailleurs du mal à reconnaître la vieille rombière qu'elle est devenue aujourd'hui) affaissée nue sur Michel Piccoli a été imposée à Godard par une production qui misait alors beaucoup sur la starlette et ne comprenait donc pas qu'elle n'apparaisse pas nue au moins une fois au montage. En conjuguant nudité et poésie, celui-ci aura donc réussi le tour de force de réaliser une scène qui ravit, et le satyre et l'esthète qui sommeillent en chacun de nous !

jeudi 2 décembre 2010

Black Rebel Motorcycle Club, 1er décembre à l'Elysée Montmartre



Tu es pensif mais la brise hivernale qui te glace le visage te sort brutalement de tes rêveries. Cette étreinte glacée réduit par ailleurs à néant tous tes efforts capillaires. Tant pis pour tes cheveux qu'une heure avant tu avais pourtant pris grand soin à disposer pour ce style, en apparence négligé mais savamment étudié, que tu affectionnes tant. "Un peu à la Higelin", te répètes sans cesse un pote alors que tu nies farouchement. Tu n'as rien à voir avec cet escroc qui se passe la main dans les cheveux toutes les 30 secondes en interview. Il les plaque et les replaque de manière aussi persistante qu'agaçante. Ca t'énerve à chaque fois que tu le vois mais ça ne t'empêche pas de faire pareil.

Tu entres dans l'Elysée Montmartre et est tout de suite plongé dans une atmosphère gorgée de bière et de transpiration. Tu t'habitues progressivement à ce mélange qui te piquait pourtant le nez au début. Tes potes t'attendent depuis déjà une demi-heure, comme d'habitude tu es en retard. Une fois les formalités d'usages remplies (excuses et autres Salut les copains), tu balayes la salle du regard. Tu te dis que le potentiel de femme de ta vie est plutôt élevé. Tu n'as pas assez de doigts pour compter le nombre de brunes élancées qui semblent tout droit sorties d'une pub The Kooples. Mais tu te dis aussi que ce n'est pas encore ce soir que tu vas conclure, d'autant qu'elles sont le plus souvent accompagnées de mecs qui semblent eux aussi sortis d'une pub The Kooples. Alors que toi tu es plutôt du genre H&M voire Chevignon dans tes grands jours.

Ce soir tu assistes au concert des Black Rebel Motorcycle Club, un groupe que tu affectionnes énormément. Derrière ce nom à coucher dehors se cache un hommage à "l'Equipée Sauvage"de Lazlo Benedek. Marlon Brando y campe un bad boy à la tête d'un gang de motards, le Black Rebel Motorcycle Club. Il avait la classe ce con de Brando...

La salle se retrouve soudainement plongée dans l'obscurité alors qu'un halo de lumière entoure Peter Hayes, le bassiste du groupe. Les yeux cachés derrière une tignasse noire et bouclée, il ferait un sosie plus qu'acceptable de Jack White. Il s'est quand même bien empâté le bougre. Encore un rocker qui abuse sûrement des bières et des kebabs !

Les premières notes de "666 Conducer" retentissent. Les guitares distordues sont aussitôt accompagnées par le beat de la batterie de Leah Shapiro. Ses longs cheveux dansent comme les flammes d'un feu charbonneux, au rythme du martèlement frénétique de ses fûts. Le groupe décline sa set list, imperturbable. Ce groupe que tu as tant aimé plus jeune (tu ne comptes plus les soirées que tu passais à écouter leur album acoustique "Howl" tout en sirotant des bières ou lisant un bouquin), te déçoit un peu. Peter, déjà pas très concerné au début, semble de plus en plus désintéressé. Leah, elle semble s'éteindre à mesure que les chansons passent. Tu as de plus en plus de mal à la distinguer derrière ses fûts. Seul Robert Turner s'escrime à garder un semblant de lien avec le public. Entre deux chansons, il annonce qu'il perd sa voix et qu'il faut donc que le public chante à sa place. Mais même ses blagues tombent à plat. En fait lui non plus ne semble pas trop y croire et se demande, tout comme toi, ce qu'il fout là. 1 heure trente plus tard c'est la fin d'un concert décevant. Les partitions de synthés et les voix des deux chanteurs se sont noyées sous le poids des guitares et le groupe s'est noyé tout court. Tout ça était un peu foutraque au final, mais pas dans le bon sens du terme.

Tu te sens un peu floué, l'offre était alléchante mais le produit n"était pas bon. Tu te sens un peu comme un mec qui reluque la poitrine d'une nana tout le long de la soirée et qui, au moment de la déshabiller, se rend compte qu'à défaut de pesanteur surnaturelle, ce n'est que la magie d'un push up qui permet à ses seins d'avoir ce galbe qui l'excitait tant.

Tu te dis que la prochaine fois tu feras mieux de vendre ta place à l'entrée du concert et de tout dépenser dans un bar. Au moins là bas auras-tu peut être plus de chances de rencontrer la femme de ta vie. Quoique...

Black Rebel Motorcycle Club - Howl