mercredi 13 avril 2011

Extension du domaine de la butte


Ça a commencé par un texto aussi surprenant que sibyllin.  "Ca te dirait de prendre un verre avec moi ?"

Ça m'a vraiment étonné parce que si on ne s'était pas séparés en mauvais termes, on n'était pas vraiment restés amis non plus. D'ailleurs, autant que je m'en souvienne, on n'avait jamais vraiment été amis. Un pote en commun nous avait présentés, la magie d'une soirée alcoolisée avait fait le reste. On avait quand même tenu deux ans. Deux années durant lesquelles on s'était pas mal engueulés, nos caractères assez dissemblables toujours en opposition. Il faut admettre qu'on n'avait pas vraiment de points en commun non plus, mais les contraires s'attirent paraît-il, et je pense que notre relation se nourrissait de cette haine que l'on pouvait s'inspirer mutuellement lorsque l'on se disputait.  Difficile de dire sinon ce qui nous avait maintenus ensemble aussi longtemps.

J'ai toujours trouvé compliqué de rester ami avec une ex. Je ne me fais pas d'illusion, au-delà des faux-semblants du style "on se sépare en bons termes, je te souhaite le meilleur et tout ça", on ne peut jamais retrouver le degré d'intimité que l'on avait durant la relation, tout devient superficiel et hypocrite. Franchement, une rupture c'est pas loin d'être une bataille qu'on mène l'un contre l'autre. Vous avez tous entendu parler de ces histoires pour savoir qui s'en sort le mieux, qui a le mieux oublié l'autre. Un mec qui resterait célibataire un moment après une rupture en devient presque louche. Son ex pense qu'il  n'a pas digéré alors que ses amis ne comprennent pas pourquoi il ne profite pas enfin de sa liberté. La remarque vaut aussi pour les filles. La séparation c'est aussi l'extension du domaine de la lutte comme dirait l'autre.

En ce qui concerne ma rupture avec Anna, ça ne s'était pas vraiment passé comme ça. Chacun s'évitait soigneusement, n'opposant à la présence de l'autre qu'une lourde indifférence. Lorsque je la croisais à un diner ou à une fête, c'est comme si on ne s'était jamais connus, comme si on ne s'était jamais embrassés pour la première fois ce soir de juillet, comme si on n'avait jamais ensuite vécu ensemble. Quiconque ne connaissait pas notre passé, n'aurait jamais pu se douter de la réalité de nos rapports. Nous étions devenus étrangers l'un pour l'autre. Aucune rivalité, juste de l'indifférence. Du coup, aucune volonté de part et d'autre, de s'en mettre plein la vue. J'étais d'ailleurs resté seul depuis notre rupture et ceux que ça gênait pouvaient bien aller se faire foutre.
Bon, je dois toutefois avouer que ce texto m'a quand même suffisamment perturbé pour que je décide d'entrer moi aussi dans la bataille. Je me suis d'ailleurs habillé avec au moins autant de soin, si ce n'est plus, que lors de notre premier rencart. Heureusement qu'elle ne me voit pas, me sapant et me désapant, enfilant les chemises et les jeans à une vitesse qui ferait pâlir n'importe quelle accro du shopping.  Je sais bien au fond de moi que ça ne changera strictement rien mais ne peux me résoudre pour autant à sortir sans la tenue parfaite. Je ne sais même pas ce que j'attends de cette rencontre, ni combien de rounds va durer le match ou combien de coups bas je devrais encaisser. Je sais juste que je veux faire une putain d'impression et c'est bien ce que je pense provoquer au moment où je ferme la porte derrière mois, mes Wayfarer solidement ancrées sur le visage pour parer aux rayons aveuglants du soleil.

Il fait une chaleur à peine supportable, un de ces temps qu'on n'apprécie vraiment que cloîtré chez soi, dans la fraicheur d'un appart' aux volets fermés. Le soleil rampe à travers les toits des immeubles qui n'offrent que de trop rares espaces d'ombres aux travers desquels je me faufile, comme quelqu'un qui a quelque chose à se reprocher.
On a prévu de se retrouver aux Buttes Chaumont, au Rosa Bonheur, le bar où on s'est rencontrés et que l'on a fréquenté tout un été durant. Rien de bien original. Un peu à l'image de ce qu'était notre relation d'ailleurs, sans surprise, pas forcément passionnante mais commode. Et puis le lieu nous arrangeait tous les deux donc le choix a été facile.
J'ai pris l'habitude de me rendre aux Buttes de temps en temps à vélo. Je m'y balade les dimanches et accessoirement m'autorise à  admirer, assis sur un banc, à l'ombre, les jeunes filles en fleurs. Aujourd'hui l'option du vélo n'est clairement pas envisageable. Je sais que pour pouvoir me présenter sous mon meilleur jour, il est hors de question que j'arrive tout transpirant alors je vais prendre mon temps et venir à pied, traversant Couronnes puis Ménilmontant.

J'arrive au niveau de la terrasse du Rosa Bonheur et la voit immédiatement. Elle m'attend et pianote fébrilement sur son portable, sans doute pour éviter de penser à autre chose. Ca doit bien faire 8 mois que je ne l'ai pas revue mais elle n'a pas changé. Les sourires sont de circonstance, faussement décontractés, comme pour masquer la gêne d'une rencontre tout sauf naturelle. Elle me demande comment ça va, je lui réponds que je suis OK et lui retourne la question. L'arrivée du serveur interrompt l'énoncé de ses dernières vacances en Croatie. Je n'ai pas vraiment envie d'alcool alors je commande un Indien. J'ai toujours bien aimé commander cette boisson car peu de gens la connaissent, de telle sorte que j'ai l'impression de prendre l'ascendant sur la personne qui m'accompagne et qui, immanquablement, me demande "Mais c'est quoi ?". Et puis ça crée toujours la discussion, ce qui est pratique quand, comme c'est ici le cas, je ne sais pas quoi vraiment dire. Que voulez-vous, on se raccroche à ce qu'on peut.

Si Anna ne semble, elle non plus, pas savoir ce qu'est un Indien, ce qui l'étonne par dessus tout, c'est que je prenne un cocktail sans alcool. Nos disputes résultaient souvent de ma consommation soi disant excessive d'alcool. Elle me disait sans cesse qu'un jour j'allais mal finir, alors que moi je m'évertuais à lui répéter que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.
Je lui dis que j'envisage peut-être de faire une pause avec l'alcool et lui souris avec sérénité, ignorant les rides de suspicions qui creusent son visage. Caché derrière mes lunettes, je peux la scruter attentivement. Elle a vraiment minci. Je me rappelle déjà qu'à l'époque elle faisait attention à son poids mais là  ça en devient presque effrayant. Elle semble si fragile mais n'a en rien perdu de son charme, il faut l'admettre. Elle a quelque chose de ce mannequin danois hype, Freja Beha, une nana au charme androgyne et nonchalant. Cette beauté froide qui m'avait tant séduit me semble encore plus présente aujourd'hui et son regard plein de défiance ne tarde pas à percer la carapace de mon assurance.

On discute pas mal, suffisamment longtemps en tout cas pour que je me rende compte que la magie a disparu. Si elle avait jamais été là... J'en suis même venu au point où je me demande ce que je fous là. Je l'écoute égrener des banalités alors que je remue la touillette de mon cocktail avec un enthousiasme suspect. Elle est belle c'est certain mais on vit tellement à l'opposé. Elle me parle de ses soirées posées quand tout ce que j'ai à lui raconter, ce sont mes dernières virées nocturnes avec mes potes. On ne boxe plus dans la même catégorie. Comment voulez-vous que des personnes aussi différentes entrent en conflit ? Je ne pense plus à elle et elle ne pense plus à moi. Notre histoire d'amour est bien morte et enterrée, notre amitié ne verra, elle, jamais le jour.

Fort de cette révélation, je m'apprête à mettre fin à ce supplice en invoquant une obligation professionnelle soudaine. C'est à ce moment qu'elle a regagné mon attention, en m'annonçant dans un murmure qu'elle avait voulu me voir pour m'annoncer un truc en personne. Une fois l'annonce digérée, un seul constat, elle va se marier et cette bataille, finalement, elle l'a peut-être gagnée.

mardi 29 mars 2011

Je rêve de BiArriTZ en été



Sur la plage. Dans le sable. Je ressens des sensations.

Voila, les touristes ont abandonné la moiteur du mois d'août alors que septembre accueille déjà sa première horde de seniors, laissant aux seuls autochtones le plaisir d'observer ce dernier bal de visiteurs. Je suis sur une plage de Batz et le temps a définitivement quelque chose de breton. Le soleil darde timidement à travers la couche de nuages cotonneux qui tapissent le ciel alors que des gouttelettes de pluie s'échouent de temps en temps sur mes tempes.
L'air iodé qui arrive du front de mer ne dissipe que trop rarement la lourdeur de cette atmosphère de fin d'été. Je suis assis sur la digue et je ferme les yeux. Les rares fois où je les rouvre c'est pour observer ces vieux beaux qui s'agitent dans leurs slips de bains un peu ridicules, la peau craquelée par les assauts répétés des rayons du soleil.

Je me laisse doucement caresser par la brise maritime. Mon cœur et le temps sont à l'unisson, moroses, et rien ne peut m'empêcher de penser à toi. Surtout pas cette vieille topless, toute en pesanteur, qui me lance des regards à la dérobée. Les ravages du temps conjugués à ceux du soleil ont fripé à l'excès ce corps dont on peine à deviner qu'il a été un jour délicat et sucré. Les formes oblongues chères à Gainsbourg ont depuis longtemps laissé place à l'aigre amertume du temps. Il me semble toutefois que nous partageons, elle et moi, plus de points communs qu'on ne pourrait le penser. Du haut de mes 20 ans, je ne suis moi-même qu'une vieille fripée à l'intérieur. Si jeune et si amer.

Je me repasse en boucle le film de ces journées passées avec toi. L'immensité de l'océan qui se dresse devant moi faisant office d'écran plasma.
Longtemps avant d'avoir osé t'aborder, je t'avais remarquée. Cela devait faire une semaine que tu passais devant le bar où je servais cet été là, en front de mer. Chaque jour qui se terminait me semblait une journée passée en ta compagnie de perdue, une occasion en moins de te connaître. Et je redoutais qu'arrive ce jour où tu aurais disparu, déjà rentrée dans ta grisaille parisienne ou ta campagne provinciale. Maudissant mon manque de courage, je n'en savourais pas moins discrètement chacune de tes apparitions. Inutile de te dire que je n'ai durant cette période pas manqué à l'appel une seule fois, surmontant, non sans peine, mes gueules de bois les plus terribles.

Dans toute belle histoire, un évènement déclencheur permet aux choses de se décanter. A défaut de coup de pouce du destin, c'est mon pote Fergan qui a permis notre rencontre. Fergan c'était un doux dingue, un peu marginal, qui trainait dans le coin et dormait sous un porche, près de cette salle des fêtes dont la devanture me rappelait plus une église que le lieu de débauche qu'il devenait tous les jeudis soirs, alors que les jeunes du coin se mêlaient aux touristes d'un jour.
Quiconque marchait un peu dans les rues goudronnées de Batz était susceptible de croiser Fergan sur sa petite mobylette, un léger panache de fumée derrière lui. Un jour entre midi et deux, il s'était pointé avec ce qu'il appelait "le meilleur shit au monde". Me sentant obligé de faire honneur à mon compère et ne voulant surtout pas laisser deviner mon peu d'expérience en la matière, j'avais tiré quelques taffes, en hochant la tête, avec l'air de celui qui s'y connaît, validant ainsi son diagnostic.
Peu habitué aux substances cannabiques, j'étais tombé immédiatement dans une tiédeur délicieuse. J'avais l'impression d'être enveloppé de coton et protégé du monde extérieur. Un sentiment fort agréable à expérimenter mais pas forcément idéal lorsque l'on doit reprendre son service quelques minutes plus tard. Mais quoi qu'il arrive, le spectacle doit continuer.

A partir de là, mes souvenirs sont plutôt vagues et mes gestes mécaniques. Je me suis juste contenté de faire ce que je fais tous les jours, machinalement. Servir, encaisser, nettoyer, le triptyque du serveur. Sorti pour prendre l'air, pas loin d'être dans un état second, je t'avais interpellée, alors que tu passais une énième fois.

- Tu te décides enfin à t'arrêter ?, avais-je balancé sans même m'en rendre compte.
- Et toi tu te décides enfin à me parler ?, m'avais-tu répondu du tac au tac.

On a tous les deux ri. Cette première fois où je t'ai parlée, j'étais tellement subjugué par l'enthousiasme qui émanait de ces yeux bleus et brillants que j'écoutais à peine ce que tu disais. Tu avais dû t'en rendre compte car tu m'avais proposé de prolonger cette discussion plus tard dans la journée.
Suite à ce premier contact, une routine s'était installée entre nous. Tu arrivais aux alentours de 11 heures, discutais de la pluie et du beau temps avec moi. Je te retrouvais pour ma pause entre 13h et 14h. Tout était réglé comme du papier à musique. Tu m'avais présenté à tes amies bordelaises, je t'avais présentée à mes amis bretons. On se retrouvait de plus en plus souvent, sans pour autant aller plus loin que cette amitié naissante. Manque d'intérêt de ta part, manque de courage de la mienne ? J'avais beau me triturer le cerveau pour identifier la solution à cette équation amoureuse, je n'avançais pas... et craignais qu'on atteigne ce point de non retour au-delà duquel les amis ne pourront jamais devenir amants.

Un jour, surpris par une de ces bruîmes dont la Bretagne a le secret, on s'était réfugié dans une crêperie où l'on se retrouvait de temps en temps. Loïc le patron volubile du Barapom' nous avait accueilli d'un "Salut les tourtereaux !" qui se voulait sans doute plein de bonnes intentions mais qui avait eu pour seul effet de me faire rougir jusqu'aux oreilles. J'avais vainement tenté de cacher sous ma capuche cette gêne mais je ne crois pas que tu aies été dupe. Ce soir là d'ailleurs, alors qu'on parlait des films de Christophe Honoré, tu m'avais fredonné à l'oreille ces paroles d'Erwann, le breton à l'orientation sexuelle floue des Chansons d'Amour : "Je suis beau, jeune et Breton. Je sens la pluie, l'océan et les crêpes au citron".
J'avais pas trop su comment interpréter ces paroles mais je peux t'assurer qu'à partir de cet instant, j'étais résolu à te percer à jour, me raccrochant au moindre regard équivoque ou sourire éloquent. C'était tout toi ça, tu avais le don de me faire passer du plus profond désespoir au bonheur ultime, en un geste, un sourire. Mes perpétuels changements d'humeurs, soumis aux aléas de ton attitude, me faisaient agir comme le type bipolaire que je n'aurais jamais cru devenir. Alors que tu soufflais sans cesse le chaud et le froid, j'avais de plus en plus de mal à grimper ces montagnes russes qu'était devenu pour moi notre relation. J'avais l'impression de vivre dans un solo de Led Zep', genre "Since I've been lovin' you", balloté le long du manche de la guitare, au gré des accords de Jimmy Page. Les désillusions laissaient place à la joie, l'amertume à l'optimisme et ainsi de suite. Bien sûr que tout ça ne nous empêchait pas de nous amuser mais ça ne m'empêchait pas de cogiter non plus, au contraire.

Si je devais ne retenir qu'une chose de toi, garder pour moi cette madeleine de Proust que j'aurais le loisir de croquer à pleines dents, les soirs de nostalgie comme celui-ci, ce serait cette odeur si particulière qui émanait de toi ce soir là en bord de mer, mélange de crème solaire Clarins, d'un flacon de Shalimar que tu avais du piquer ta mère et de ta peau salée.
Alors que le soleil venait d'embrasser la ligne de l'horizon et que ses teintes rouges orangées se réverbéraient dans l'Océan Atlantique, on avait décidé de quitter la soirée de la salle des fêtes avant la fin des hostilités. Après avoir déambulé dans une ruelle bordée de maisonnettes aux toits d'ardoises et volets bleus, on s'était retrouvé sur une de ces plages un brin escarpées comme on en trouve plein dans le coin.
L'eau jusqu'aux genoux, on s'amusait à s'éclabousser, à se pousser, à s'attraper et même se caresser, dans une sorte de jeu qui, sans la tension sexuelle qui l'habitait, aurait pu tout à fait être une publicité Petit Bateau. On longeait la limite des eaux, s'amusant de temps à autre à faire un pas de côté pour éviter une vague un peu plus forte. On faisait comme si l'autre ne savait pas pertinemment la raison de sa présence et l'issue de ce petit jeu. Au moins le caractère enfantin de cette activité permettait-il de réduire la pression inhérente à tout premier véritable rencart amoureux.
C'est tout naturellement que l'on s'était dirigé vers un de ses cabanons situé en bordure des plages et qui abritent les touristes à la recherche d'un coin d'ombre et d'un peu de tranquillité. Grisé par l'alcool et surtout ta présence, je n'avais eu aucun mal à forcer la porte en bois... Glissant péniblement entre une chaise longue et des jouets de plages, j'avais attrapé un matelas et l'avais étendu à même le sol. Dans ce cocon minimaliste et spartiate, je me répétais que je ne pouvais pas être mieux.
Malgré l'ardeur de nos étreintes amoureuses, on n'avait pas été au delà. Je ne me l'explique toujours pas. Je sais pas si c'était parce que j'étais trop bourré (version racontée à mes potes le lendemain) ou parce que j'avais trop attendu ce moment pour pouvoir finalement passer à l'acte, comme un type subitement inhibé alors que son fantasme devient réalité (version sans doute plus proche de la réalité). Toujours est-il que tu en avais déduit que j'étais un gars bien et que je n'avais pas jugé utile de te contredire, maudissant malgré tout ma passivité.
Sentant sans doute mon désarroi, tu m'avais dit que ce n'était pas grave, que c'était presque mieux comme ça et m'avais pris dans tes bras, dans un soupir presque maternel. Dans un dernier effort, j'avais laissé glisser mes doigts dans ta chevelure brune, jouant comme un gosse avec ta queue de cheval, avant de sombrer définitivement dans un sommeil tranquille.

Je n'ai jamais été doué pour gérer les lendemains. Dans le meilleur des cas je fais comme s'il ne s'était rien passé, dans le pire, je suis tellement gêné que je m'éclipse avant l'aube. Là, je n'avais pas trop eu le choix vu que je devais te ramener à tes amies. Je sais pas si tu attendais de moi le moindre baiser mais tu as dû te contenter d'un sourire vaguement embarrassé, d'une caresse sur tes joues rosées.
Aujourd'hui, dans un dernier élan de lucidité, je me dis que tu devais bien en attendre plus. Mais tout ça je ne le saurai jamais car lorsque je t'ai déposée sur ce parking, tu m'as dis à ce soir mais je ne t'ai jamais revue. Sans doute avais-tu décidé qu'il était temps que tu retournes à ta grisaille parisienne ou à ta campagne provinciale.

Sur la plage. Dans le sable. Je recherche des sensations.

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La femme, le groupe bien nommé, est mon petit plaisir du moment. Ils sortent d'une tournée aux States et produisent d'après leur myspace un musique tropicale aux confins de la new wave et du surf. Ils sont apparemment originaires de Biarritz (riprizent). Je les avais vus à l'époque du Roxy Jam de Biarritz en 2010, la compet' de longboard chez les nanas. C'était un peu foutraque mais leur seule énergie avait réussi à éclipser la prestation convenue de Micky Green et celle carrément exaspérante des Plasticines.
La voix cristalline et presque enfantine de la chanteuse se pose parfaitement sur les riffs de guitares. Les synthés sont eux imprégnés de ce mood surf music si excitant. Inutile de dire que j'attends l'album avec impatience.



Et pour le plaisir et parce qu'elle parle du pays, la chanson de l'inénarrable Sébastien Tellier, Je rêve de Biarritz en été.

mardi 15 mars 2011

Kate Moss : la brindille qui ne rompt jamais


Quoi de mieux qu'une belle journée ensoleillée pour inaugurer mon premier billet "mode" ? Bon, je vous rassure tout de suite je vais pas essayer de faire ce qu'une Garance Doré ou une Betty ferait sans doute mieux que moi. Je vais pas me la jouer "bureau des tendances" à dire que la toute nouvelle campagne de Kate Moss pour Longchamp préfigure le retour en force du sac oversize ou que les teintes nude seront encore au goût du jour. Je suis sympa je laisse ce plaisir aux blogueuses modes.
Et puis quoi de mieux que la it girl absolue pour inaugurer cette rubrique ? Chloé Sevigny ? Trop underground. Lindsey Lohan ? Trop cheap. Alexa Chung ? Elle sort avec le boutonneux des Arctic Monkeys faut pas déconner. Non la seule et l'unique, celle dont la capacité à résister aux dégâts du temps réussirait à soutirer une grimace aux visages inexpressifs et botoxés des rombières de la jet set, c'est Kate Moss of course. Une Kate Moss resplendissante qui présente sa nouvelle collection Faraway - Printemps 2011 pour Longchamp dans un clip vidéo qui fleure bon l'été.
Résumons. Déjà, on y voit une Kate plus bohémienne que jamais, avec juste ce qu’il faut de khôl pour dessiner un regard qui ferait tomber n'importe quel mec normalement constitué et une frange qu’elle dit couper elle-même (oui la vie est injuste, la nana se coupe les cheveux elle-même et en ressort avec une classe terrible). Elle me rappelle un peu la Bardot à la belle époque, elle se déhanche en jouant des timbales sur le magnifique « Sand » de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood (merci Shazam, j'avoue avoir séché sur le coup) dans une ambiance très 60's, un brin mélancolique. Une ambiance à laquelle le recours à la caméra super 8 n'est sans doute pas étranger. En ce moment d'ailleurs, il faut avouer que le procédé est ressorti à toutes les sauces, à tel point que ça en devient un manque flagrant d'originalité. En même temps c'est compréhensible, qui cracherait sur ce grain d'image qui a le pouvoir de faire passer les vacances des Bidochons au Touquet pour du Cassavetes ?
Ceci étant,  revenons-en un peu au clip. Elle lit l’autobiographie de Keith Richards parce que c’est quand même une icone rock’n roll qui est sortie avec Pete Doherty  mais en même temps elle pèle aussi une orange, peut-être pour nous faire oublier qu’à un moment elle n'avait pas non plus la meilleure hygiène de vie qui soit. Ce qui me frappe, c'est qu'elle a l’air plus épanouie que jamais et là je vais faire ma fleur bleue mais je me dis que ce n'est sans doute pas un hasard si elle se marie bientôt avec Jamie Hince le guitariste des Kills. Au passage, notons que le mec  est quand même une rock star qui côtoie quotidiennement Alisson Mosshart et va épouser Kate Moss. Le beurre, l'argent du beurre et le sourire de Kate Moss donc. L'enfoiré.
C'est clair que la brindille a le vent en poupe en ce moment. Après avoir été l’égérie de Calvin Klein, d’Isabelle Marant, d’Yves Saint Laurent et de Longchamp donc, elle est même depuis peu la muse du nouveau rouge à lèvres Dior Addict. Pas mal pour une nana que l'on disait finie en 2005, non ? Car ce qui fait la superbe de Kate Moss, c'est cette capacité à sans cesse renaître de ses cendres. Tout le contraire de ses collègues mannequins du début des 90's qui elles tombent dans le sordide et les scandales (Naomi Campbell et ses assistantes martyrisées, Naomi Campbell et son diamant offert par le dictateur Charles Taylor) quand ce n’est pas dans l’anonymat total (Allo Cindy Crawford ???).
Pour remettre les choses en perspective, il faut se rappeler que 2005 coïncide avec l'épisode Cocaïne Kate. Après avoir fait la une des tabloïds, le nez allègrement trempé dans la poudre, nombreux étaient ceux qui ne donnaient pas cher de sa petite peau. A raison d'ailleurs car les contrats lui étaient retirés en moins de temps qu'il n'en faut à Charlie Sheen pour dire une connerie.
Du côté de chez Longchamp c'était pas non plus la joie, la marque était alors considérée comme une maison très (trop) classique, bien loin des courants de la mode. Du coup, une idée germe dans l'esprit des têtes pensantes du maroquinier de luxe. Evidemment, le choix d'une Kate Moss empêtrée dans ses scandales n’est pas anodin pour Longchamp qui entame un virage à 180°. En demandant au top anglais de devenir son égérie, Longchamp passe du rang de maison sage et lisse à celui de marque rock’n’roll.
Beau mariage  donc, entre une marque qui fût un temps au sommet du chiquissime et une nana passée  du statut d'icône de la hype aux  affres du rock'n roll lifestyle. A chacun sa rédemption comme on dit. Quoi qu'il en soit, la collaboration fonctionne puisqu'elle dure depuis maintenant 5 ans avec en point d'orgue le lancement d'une gamme de sac dessinés par Kate. Le tout en suivant un raisonnement très simple : qui mieux que la it-girl des années 2000 pour dessiner cet it bag tant désiré par Longchamp ? Sans même juger de la qualité de la collection, une chose est sûre, en termes de notoriété comme de hype chaque partie semble y avoir trouvé son compte...

Force est de constater que la brindille est décidément plus solide qu'elle n'y paraît.





lundi 28 février 2011

Voyage au bout de l'ennui


C'était une soirée pas terrible. Une soirée qui si elle ne s'annonçait pas vraiment mal, ne laissait pas pour autant présager grand-chose de bien. En bref, ce genre de soirée au cours de laquelle tu te demandes sans cesse ce que tu peux bien foutre là, spectateur d'un film dans lequel tu as arrêté de jouer depuis longtemps.

J'étais tranquillement accoudé au bar, sirotant un énième cognac / canada dry et tentant sans succès d'établir un semblant de connexion visuelle avec une brune assise dans un box à 50 mètres de moi.  Le pote avec qui j'étais venu n'était lui plus des nôtres depuis longtemps, affalé qu'il était sur un de ces canapés en simili cuir que l'on retrouve dans ce genre de boites un peu cheap, en symbiose avec sa bave rendue laiteuse par l'abus de Pina Colada. En le voyant comme ça, si apaisé dans ce vacarme sonore, je me dis que ce type est impayable. Je le revois quelques heures plus tôt planté devant ma porte, son éternel sourire de con sur les lèvres lorsqu'il m'aperçoit rentrant péniblement du boulot. Parfois quand je sors avec lui, j'ai l'impression de me retrouver dans une de ces scènes du "Bright Lights, Bright City" de McInerney lorsque le narrateur se désespère de sortir avec son double maléfique, Tad Allagash.
Bon, mon Tad Allagash à moi, il est un peu plus cheap c'est sûr. C'est clair que ses plans à lui, loin de me faire miroiter des rails de coke sniffés avec des mannequins toutes plus sublimes les unes que les autres, me font le plus souvent atterrir dans la moiteur crasse des ces boîtes de nuits où finissent ceux qui n'on rien d'autre à faire ou nulle part d'autre où aller. Des boîtes de nuits où la musique s'emble s'être arrêtée à la fin des années 90, où l'entrée te donne droit à une coupe de mousseux ou un peu de bière éventée et qui ont souvent un nom dans le genre "La Maison Blanche", "La grande Maison"... Bref, pas le genre d'endroit où tu espères rencontrer la fille de ta vie.

Pour m'occuper j'essaye d'imaginer les discussions entre chaque table. Il y a d'abord ce couple qui semble se disputer au sujet de l'infidélité supposée de l'un d'entre eux. Le mec ; à en croire le visage déformé par la colère de la fille. Il y a aussi cette tablée de types passablement éméchés. Le tintement des bouteilles de vodka qui s'entrechoquent rivalise avec les sons rigolards qu'émettent certains d'entre eux. Et puis il y a moi, seul et accoudé au bar. Je bois et j'observe les volutes de fumée bleu qui s'échappent de la scène et atterrissent mollement sur les néons rouges du bar, conférant à l'ensemble un panorama qui sierait bien à l'enfer.

Une fille m'accoste. Cheveux très courts et peroxydés à la Agyness Deyn. Elle porte une salopette qu'elle a du piquer à Tom Sawyer et des Docks Martens. J'aime bien son style garçonne. J'entame la discussion en lui disant qu'en général je n'aime pas les filles aux cheveux courts mais que là, je ne peux que m'incliner devant la perfection de ses traits. Elle sourit. Je sais pas si elle se fout de la gueule de mon baratin ou apprécie l'hommage. Lorsqu'elle me demande si je sors toujours ce genre de compliments mièvres, je suis fixé.
J'entre dans sa provoc' en disant que non, en général je joue le rôle du connard et que ça marche parce qu'au fond elles aiment toute ça, non ? Cette fois le sourire me semble un peu plus crispé. Sans même que j'ai le temps de réaliser, elle me balance son verre et me traite de pauvre connard. Dommage, je sentais qu'on avait un truc.

Impassible, je ne fais même pas l'effort de me nettoyer et affiche sereinement tout ce qu'il peut me rester de dignité. De toute manière dans ce bordel ambiant, je ne pense pas que quiconque aie réalisé le mélodrame qui se jouait sous leurs yeux. En tout cas certainement pas mon pote dont le cas commence à m'inquiéter légèrement. Je vide mon verre d'un trait et vais le voir. Un peu écœuré par le souffle éthylique qui me rebat les temps alors que je m'approche de son visage, je lui mets des légères claques et essaye de le secouer pour le réveiller. Mon endormi daigne enfin sortir de son somme, non sans avoir émis au préalable quelques grognements vindicatifs. Je le prends sous le bras et nous nous dirigeons vers la sortie. Je ne peux réfréner le spasme qui me saisit lorsque je recroise la blonde peroxydée au niveau de l'entrée. Elle se contente de m'adresser un rire moqueur.

- C'est qui cette nana, me demande mon pote à moitié endormi. Tu l'as chopée ?
- Non mais un verre de plus et j'y arrivais, je lui réponds.

Après avoir slalommé entre quelques zombies abrutis par l'alcool, on arrive enfin à passer la porte de sortie. On croise un taxi. Vu que nos adresses sont diamétralement opposées je me dis que ça va être compliqué. Je laisse mon Tad dans le taxi et lui dit que je vais profiter des premières lueurs matinales pour rentrer à pied.
J'ai les oreilles qui bourdonnent encore mais ça ne m'empêche pas d'apprécier le concerto que représente le piaillement des oiseaux à cet instant. Du Rachmaninov comparé à la violence de la merde qui passait une heure plus tôt. Lorsque je sors de boîte comme ça, j'ai toujours l'impression de sortir d'un long voyage. Comme dans "Apocalypse Now", lorsque le GI surfer est complètement abruti par tout ce qu'il a traversé et qu'il se roule dans la boue du village des cannibales.
Légèrement hagard, après avoir survécu aux ténèbres de la boîte, le bruissement des arbres, le chant des oiseaux me semblent une juste récompense. Pouvoir goûter au plaisir simple. Merde, je crois que je suis encore bourré.

Je me sens bien alors je commence à fredonner la chanson d'un groupe danois qu'une bonne âme m'a fait découvrir la veille. "Somersault" de I got you on tape. J'avoue que j'ai mis du temps à comprendre qu'en fait Somersault était le nom de la chanson et inversement. Et puis je dois reconnaître qu'à part le "And I never drank alcohol, and I never got high" de l'intro qui m'a marqué et m'amuse, je connais pas les paroles. Donc je chante en yaourt. Mais c'est cool quand même je trouve.

En passant devant une boulangerie me revient en mémoire ce discours que m'avait un jour tenu un pote. Comme quoi la plupart utilisent maintenant des diffuseurs d'odeurs pour attirer le chaland. Un peu comme le chant qu'utilisaient les sirènes pour séduire les marins dans ces légendes grecques que me lisait mon père. Vu que je suis plutôt à la dérive, je me dis que je risque pas grand-chose de plus et entre, introduit par le tintement de la porte. Je dois pas avoir bonne mine si j'en crois le regard que me jette la vendeuse. Je m'achète une pâtisserie et sort sans un mot.
Les efforts conjugués du soleil et de la fatigue me ramollissent comme le macadam. Je décide de me poser sur un banc pour savourer ma chocolatine en toute tranquillité. Une légère brise me caresse les oreilles. Je suis bien mais je me dis qu'on ne savoure ce genre de pauses que parce qu'elles sont rares, alors je me dis qu'il est temps de partir. Dans un ultime effort, je me décide à rentrer en  métro.

J'arrive sur le quai et comme un signe, le wagon semble m'attendre paisiblement. Dernière ligne droite. Je m'affale sur mon siège.
A la station d'après, une fille s'installe juste en face de moi. J'ai du mal à cacher ma stupeur quand je me rends compte que cette nana n'est nulle autre qu'une fille de mon ancien lycée. On en a tous connu une comme ça. Sophie, Laura ou Manon... Quelque soit son prénom, il y a dans chaque lycée une fille qui a le reste de l'école à ses pieds et le pire c'est qu'elle ne semble même pas sans rendre compte. Elle vit sa vie tranquille, avec ses copines, alors que tous les mecs la reluquent et que les nanas la jalousent. Et bien moi, même si j'avais beau me dire que c'était trop beau pour être vrai, j'avais Audrey sous les yeux. En chair et en os !
Elle m'adresse un sourire, je me demande si elle m'a reconnu. N'écoutant que mon cœur alcoolisé, je prends mon courage à deux mains en me disant que de toute façon je ne peux pas tomber plus bas et lui lance :
"Ecoute, je m'en voudrais toute ma vie si je ne te dis pas ce que je vais te dire. Au pire si ça te plait pas, je change de wagon dans la minute. Bon, je suis sûr que je te connais, c'est bien toi Audrey non ?"
Même pas surprise, elle acquiesce et m'avoue que mon visage lui semblait aussi familier. Je sais pas si elle a dit ça par politesse mais ça m'a fait plaisir c'est sûr. S'ensuit une discussion émaillée de rires dont je ne me rappelle plus les détails. Et puis quand je lui dis que je sors à République, elle me répond que ça tombe bien, elle descend là aussi.

A partir de là tout s'enchaine très vite. A peine est-on descendu du métro qu'elle m'attrape la main, se serre contre moi alors que nos lèvres se pressent l'une contre l'autre comme si on était sur le point de mourir. Encore une fois j'ai du mal à réaliser ma chance. J'ai d'ailleurs à peine le temps de savourer ce moment de félicité que l'alarme du métro me ramène à la réalité. Ca m'apprendra à m'endormir sur mon strapontin. Pour le moment encore, tout ça est trop beau pour être vrai.

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I got you on tape est un groupe danois qu'un pote m'a fait découvrir il y a à peine deux jours et qui pourtant date de 2004. Comme quoi il y aura toujours des petites pépites qui restent solidement incrustées dans le lit de cette grande rivière qu'est la musique indie.
La recette du groupe est assez connue mais terriblement efficace. Des voix hypnotiques qui viennent se poser doucement sur une musique aérienne, des guitares lancinantes, des synthés lumineux... Pas grand chose de nouveau à l'horizon c'est sûr, mais il n'empêche que le faux rythme qui s'installe au fil de la chanson nous fait sentir aussi léger qu'une plume. Un conseil, attention au décollage.




mardi 22 février 2011

Vivian Girls : punk neurasthénique

La robe assortie au dessus de lit, LA tendance printemps / été 2011


Depuis quelques temps déjà, la vague des riiiiiot girls déferle de nouveau sur le monde du rock indie. Depuis le soleil de la Californie jusqu'aux nuages new-yorkais, des nanas avides de faire revivre l'héritage spirituel des Slits bottent le cul de gonzes encore encroutés dans leurs poses rock'n roll. Aux côtés de Best Coast ou des Dum Dum Girls, les Vivian Girls font ainsi entendre leurs voix fluettes sur fond de pop noisy...
En robe à fleurs ou en fourrure, on aime les entendre fredonner leur nouveau single "I heard you say", prélude au LP "Share The Joy" à paraître le 12 avril. L'occasion si ce n'était pas déjà fait de découvrir une guitariste qui a emprunté son nom aux Ramones, une bassiste aussi rousse que ne l'était la chanteuse des Lush (elle a aussi monté son projet solo La Sera) et une nouvelle batteuse qui succède à Ali Koehler, partie chez Best Coast dans des circonstances qui n'auraient rien à envier à un bon épisode d'Amour, gloire et beauté. Trahison et rock'n roll, une association qui marche depuis des années...
Tout ça nous donne une pop pêchue aux confins de la schizophrénie, en témoigne le contraste saisissant entre les teintes acidulées des voix haut perchées et le son shoegaze des grattes.
Une schizophrénie qui se retrouve jusque dans le titre d'un album intitulé "Share the Joy", mais conçu par des nanas à qui on ne saurait que trop conseiller d'ingurgiter quelques cachets de Xanax.

Vivian Girls, "I heard you say" : un titre bien de saison à savourer sous les rayons de soleil glacials de ce mois de février.


jeudi 10 février 2011

Des cons et ma Bovary



Qu'est ce que je peux bien foutre planté là devant la porte de cet immeuble cossu du 16ème ? C'est la question que je me pose alors que je pianote fébrilement sur l'intercode. Sésame ouvre-toi.

Alors que je monte un escalier qui crépite sous mes pas comme ces pétards d'enfant que j'explosais les soirs de 14 juillet, je réalise que je ne suis pas seul. Une fille qui grimpe d'un pas bien plus léger que le mien me devance d'un étage. De sa silhouette, je ne devine pas grand-chose hormis sa chevelure rousse qui, sous les reflets de la lumière des appliques du couloir, épouse les couleurs mordorées de son col de fourrure.

Je la rejoins alors qu'elle sonne. A peine avons-nous le temps d'échanger un sourire gêné que la porte s'entrouvre pour laisse échapper un fracas assourdissant, mélange d'exclamations, de tintements de verres et de musique festive. Bienvenue en enfer.

Alors que mon inconnue ôte délicatement sa cape, je lui jette un regard à la dérobée pour vérifier que le côté pile est raccord avec le côté face. Elle a une frange et de longs cheveux relevés en chignon. Elle porte une robe blanche à pois noir, comme pour parfaire son look très rétro. Au-delà de son style vestimentaire, son seul charme suranné tranche avec le décorum ambiant, défilé de bobos, en mode petite chemise / jean slim / vans, le tout parfois agrémenté d'une fine moustache (LA tendance pilaire chez les mecs en 2011) ou d'une mèche "négligemment" rebattue toutes les 45 secondes. Le comble du chiquissime.

J'ai moi-même le sentiment de jurer un peu dans le décor. Une impression confirmée par mon hôte du jour, Jean-Baptiste, qui se moque gentiment de mon look jean et tee-shirt délavé. Le comble du cheapissime.
- Rooh, t'aurais pu faire un effort quand même. Sérieux c'est quoi ce tee-shirt !
- Désolé mec, je sors à peine du boulot, j'ai pas eu le temps de me changer.
Cet aveu a pour seul effet d'interloquer mon hôte qui ne sait pas si je blague ou pas. N'ayant manifestement pas envie de trancher, il me propose de nous diriger vers le bar. Je l'aime bien JB, il est en fait bien plus cool que son look branchouille ne pourrait le laisser présager. Bien loin de cette caste de mecs un peu superficiels qui fréquentent le Social et ces autres endroits à la mode, et que je retrouve aujourd'hui en nombre.

Il m'a envoyé cette invit' pour une fête d'anciens étudiants de ma fac il y a quelques jours de ça. J'ai un peu hésité avant de venir mais ai finalement dit oui, en me disant que rien ne m'obligeait non plus à rester longtemps si je n'étais pas à l'aise.
D'ailleurs si ça me fait plaisir de revoir certaines têtes, ça me tue toujours autant de voir quelques blaireaux que je ne pouvais déjà pas encadrer à l'époque. Mais pas de surprise ici non plus, la plupart ont fini exactement comme je l'avais imaginé. La baraque et la femme qui va avec, le premier bébé en route...
On se croirait comme dans une de ces publicités des années 50 qui faisait l'apologie de la vie de famille et de la société de consommation. Mis à part que ce grain d'image caractéristique des caméras de l'époque s'efface au profit d'une vision plus brumeuse provoquée par les volutes de fumées et les gouttes d'alcool qui virevoltent ça et là, à mesure que les verres s'entrechoquent.

Alors que le doux clapotis de la vodka que JB verse dans mon verre me parvient aux oreilles, j'aperçois ma rousse au teint laiteux, occupée à discuter avec un moustachu.

-Tu la connais la fille ?, je demande en esquissant un geste de la tête dans sa direction.
- Anna ? Me dit pas que tu te l'es tapée.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'elle se tape tout le monde
- Tu déconnes ?
- Non et d'ailleurs ferme ta gueule, voila son mec !
- Mais t'as dit qu'elle se tapait tout le monde...
- Justement !

Le moustachu, puisque c'est de lui qu'il s'agit, a délaissé sa douce Anna pour venir nous parler. JB en hôte poli me présente alors que moi qui le suit beaucoup moins, je prétexte avoir reconnu quelqu'un et m'absente.

A peine le premier verre de vodka éclusé, je tourne parmi les petits groupes de personnes qui se sont amoncelés ça et là, sans avoir envie de parler à aucun d'entre eux. Je regarde avec une concentration exagérée l'iPod qui distille le son de la soirée et suis sur le point de programmer le dernier morceau de Metronomy lorsque je sens une main se poser sur mon épaule.
Anna me gratifie à nouveau d'un sourire, sauf que cette fois, loin d'être gêné, il est enthousiaste. J'ai des papillons dans le cœur et l'impression d'avoir du métal en fusion dans les veines. Température corporelle qui avoisine les 40 degrés.

Elle entame la discussion par des questions classiques. Qui tu connais ? Tu fais quoi dans la vie ? Bien que j'ai tenu ce genre de discussion des centaines de fois, j'ai du mal à réfréné mes émotions. Alors qu'elle remarque que mon teint rosit à mesure que la discussion avance, je mets ça sur le compte d'une réaction à l'alcool.

Et puis une fois que les poncifs ont été évacués, chacun aborde sa jeunesse. On commence par la sienne.
- Beaucoup de bouquins, pas mal de mecs mais finalement pas tant de raisons de s'exalter. Le parcours plutôt lisse d'une jeune fille du 16eme, confesse-t-elle alors qu'elle vide son mojito d'un trait.
Elle me parle aussi de Pierre, le moustachu, qui bien qu'un peu ennuyant, la rassure. Elle me dit que parfois les filles plus que de vivre de grandes aventures, ont simplement besoin d'être rassurées, de rester dans leur zone de confort.
- Un peu comme ces princesses dans les livres qui préfèrent leur prison dorée aux contrées inexplorées qui les entourent. Mais bon, peut-être que moi aussi j'attends le prince charmant qui me sortira de là, ajoute-t-elle dans un rire cristallin.

C'est marrant, je me l'imagine un peu comme une Emma Bovary des temps modernes. Une nana qui a beaucoup lu durant sa jeunesse, voire trop. Marquée au fer rouge par ses lectures romantiques, elle se rend compte que sa vie sentimentale, loin de se conformer à ses rêves, ne lui apporte que frustrations et désillusions.
Loin de cadrer avec ses attentes un peu naïves de jeune fille en fleur, le mec avec qui elle sort aujourd'hui, tout aussi médiocre que les autres mecs avec qui elle le trompe, se révèle un substitut à peine acceptable à une vie qu'elle déteste. Elle trompe son ennui et son insatisfaction en couchant à droite à gauche mais aimerait au fond d'elle pouvoir se blottir contre le corps post-coït encore brûlant d'un amant qu'elle aime à en perdre la raison. La voila ma bovarienne. A défaut de fille facile je me rends compte qu'elle essaie désespérément de combler un vide, en s'offrant au premier venu. Et ça m'énerve un peu, voire beaucoup.
Attention, je n'ai pas la prétention de dire que je pensais que cette pièce manquante dans sa vie c'était moi, bien que sur le coup, enivré, je pense en avoir été persuadé. Et c'est d'ailleurs pourquoi je ne m'étonne pas tant que ça de lui avoir balancé toutes mes hypothèses à la gueule. Je me suis carrément emballé et je lui ai demandé si ce que JB m'avait dit était vrai et pourquoi elle faisait ça. C'est clair que c'était en partie l'alcool qui parlait à travers moi mais en même temps ça m'énervait de la voir se laisser aller comme ça, alors que moi je ramais comme un malade pour avancer, sans succès. Cette fille elle avait tout, je le voyais bien, tout le monde le voyait. Sauf elle. Elle s'enfermait dans cette posture alors que pour moi elle était bien plus que ça.

Elle se débine pas et me dit.
- Oui et alors, je profite de la vie. Qu'est ce que ça peut te foutre ? T'es jaloux ? Toi aussi t'as envie de tirer ton coup ? Tu veux qu'on aille dans la chambre d'à côté faire ça vite fait, bien fait ?

Silence. Je la regarde dans les yeux et décide sans autre mot qu'il est temps pour moi d'arrêter les frais. Je me casse. Alors que je sors de l'immeuble, le froid hivernal me cloue sur place, j'ai l'impression d'avoir pris un coup de poing dans l'estomac. J'ai du mal à respirer. Je m'allume une clope ne sachant pas quoi faire d'autre.

Et de nouveau je me demande :
-Non mais vraiment, qu'est ce que je peux bien foutre planter là devant cette porte d'immeuble ?

Alors je pars et je cours. Je cours comme un con faute de mieux et parce que j'en ai marre de pas réussir à avancer dans la vie. J'en ai marre de faire du surplace et mes jambes l'une après l'autre commencent à accélérer, dans une cadence qui pour moi devient salutaire.
Je fais de cette course effrénée jusqu'à l'arrêt de métro une question de vie ou de mort pour laquelle la vieille complètement ramassée que je dépasse et la poubelle éventrée que j'enjambe sont autant d'obstacles.
Le vent glacial qui me fouette le visage fait naître des larmes à la commissure de mes lèvres. Des larmes qui s'étirent comme la cire d'une bougie dont la flamme vacille. Sauf que moi j'ai tout sauf envie que cette flamme s'éteigne alors que mon effort athlétique ramène un peu de chaleur dans mon corps et dans mon cœur frigorifié.

A bout de souffle comme un Belmondo à la poursuite de Jean Seberg ou de je ne sais qui, je ne sais quoi, je descends l'escalier pour me jeter comme un désœuvré sur le quai.
8 minutes bordel, j'y crois pas. Le destin semble s'escrimer à me retenir prisonnier. Me voila comme un con, de nouveau prisonnier de mon immobilité.
Un bruit qui me semble familier me sort de ma torpeur : un claquement de talons sur le ciment dur du quai. Je tourne la tête. Je la voie.

- Pourquoi t'es parti de la soirée ?
- Et toi pourquoi tu m'as suivi ?
- Tu pensais ce que t'as dit tout à l'heure ?
- Pourquoi j'avais raison ?
- Ca changerait quelque chose tu pense ?
- T'en as pas marre de répondre à mes questions par d'autres questions ?

Elle pose son index pour m'indiquer de me taire puis esquisse un léger mouvement de tête en arrière. Contrairement à Bovary, à la fin de cette histoire ce n'est pas dans de l'arsenic qu'elle trempe ses lèvres mais dans les miennes, trop surprises par ce qui leur arrive.
A cet instant, je sais pas si pour elle je ne serai  qu'un parmi tant d'autres mais je m'en fous . Moi aussi j'avance enfin. Et c'est tant mieux.

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J'avoue que ma came du moment c'est "She wants" de Metronomy, le single de l'album "French Riviera" qui sortira le 11 avril. J'aime bien le rythme faussement nonchalant de la chanson, ponctué de tremolos toutes les 30 secondes, des "Boeings" lancinants.
D'ailleurs je trouve que le clip cadre bien avec le morceau, en témoigne les séquences en slow motion qui le parsèment, dans cette atmosphère un peu défraichie de fin de soirée.
Dans la séquence d'intro, le speaker de la radio balance "it's a hot and sticky night in the bay area, you'r listenning to French Riviera FM", je pense qu'au final, on a tous envie de s'abandonner dans la moiteur des draps de soie du lit, blotti contre cette brune langoureuse.


mardi 1 février 2011

Les Kills, vous allez en mourir d'envie


En soirée, avant le début d'un concert ou même parfois au moment du petit-déjeuner, il est une question qui revient perpétuellement, insidieuse, lancinante, alors que ma gorge se noue aussi brutalement qu'elle est prononcée, me rappelant les moments les plus sombres de mon histoire personnelle, lorsque ma prof de math m'interrogeait sur les fonctions exponentielles. Cette question c'est la suivante : "dis-moi, c'est quoi ton groupe préféré ?"

Il faut dire que mes revirements systématiques sont un sujet récurrent de moquerie parmi des potes qui, intraitables, s'acharnent à me mettre face à mes contradictions.

"-Mais je croyais que c'était le Black Rebel Motorcycle Club ton groupe préféré ? T'as changé d'avis ? Ce sont les Libertines maintenant ? Je te rappelle qu'ils ont quand même splitté il y a un moment.
- Oh du calme, t'es de la police ou quoi ?"

Cette stigmatisation aussi éprouvante soit-elle pour ma pauvre petite personne a au moins un mérite. Elle souligne la difficulté pour tout un chacun de faire le tri entre :

- son groupe préféré de tous les temps mais qui a un peu vieilli (ah Led Zep, ça envoyait du bois à l'époque)
- le groupe pour lequel on éprouve une tendresse particulière mais qui a splitté (les Libertines, leurs embrouilles perpétuelles ne me les rendaient que plus fascinants)
- le groupe qu'on dit adorer parce que ça fait underground et que ça satisfait notre ego un peu snobinard (Quoi tu connais pas Crystal Fighters ??? C'est une sorte de brassage low-fi-dubstep-punk à la sauce world)
- et pour finir, le groupe sur la musique duquel on a connu son premier flirt adolescent (Michel Berger, je m'en rappelle comme si c'était hier, elle s'appelait Jennifer...).

Difficile du coup, dans ce barnum de préférences, de faire émerger LE groupe.

Cette petite introduction existentielle n'a pour seul but que de vous parler des Kills. Car les Kills, eh bien pour moi c'est un petit peu tout ça. Un groupe qui figure en bonne place dans mon panthéon personnel. C'est un duo, composé d'un brun ténébreux, Jamie Hince (accessoirement le mec de Kate Moss) et d'une brune toute aussi ténébreuse mais encore plus magnétique, Alison Moshart, objet éternel de mes fantasmes adolescents. Niveau musique, on peut parler pêle-mêle, de combo rock garage, guitares lancinantes, chansons minimalistes, boîtes à rythme. Je vais arrêter là car on dit à juste titre qu'une bonne écoute vaut toujours mieux qu'un long discours donc faites vous votre avis , et encore .

Les Kills sortent leur 4e album "Blood Pressures", le 4 avril prochain. Soit deux jours avant leur concert au Bataclan auquel évidemment je ne manquerai pas d'assister. Hier ils présentaient le premier single extrait de cet album, "Satellite".
S'il est toujours difficile de juger un album à l'aune d'une seule chanson, on peut toutefois dire que celle-ci laisse présager un album résolument différent de ce qu'ils ont fait par le passé. Magic RPM parle assez justement d'un "étrange blues reggae-rumba, avec son rythme traînant et son chant d'emphase".

Personnellement, moi qui aime le sont brut et garage des Kills, je dois avouer que je ne me suis pas forcément extasié devant ce son un peu trainant qu'est Satellite.
Mais bon, tout ça ne m'empêche quand même pas d'attendre avec une impatience non dissimulée la mise en orbite hihihi